Java "Safari Croisière" (2003)
1. 6/8 (Erwan / Fixi)
2. Ce s’ra tout ? (Erwan / Fixi)
3. BZZZ (tu fous l’bourdon) (Erwan / Fixi)
4. Samba do Jerusalem (peu importe le dieu qui doit nous enchaîner, je veux bien m’y soumettre si cette chaîne est ton collier) (Erwan / Fixi)
5. Carte bleue (Alexandre Kaufmann / Fixi)
6. Sacrifice chez les Zombile (Erwan / Fixi)
7. Le 10 (Fixi)
8. Cendrier (Erwan / Fixi)
9. Alinéa (Erwan / Fixi)
10. Trafic info (G pour L) (Erwan / Fixi)
11. La muse (Erwan / Fixi)
12. La guerre (Erwan / Fixi)
Java nous avait laissé plein d’interrogations après le surprenant "Sur Seine" : le groupe mettait-il de côté l’identité parigot qui avait fait la réussite de son premier album ? Perdait-il son discours cynico-anarchiste pour un propos plus dénonciateur un peu démago ? Bref, on attendait "Safari croisière" de pied ferme, les oreilles pleines d’espoir de retrouver la qualité d’un "Hawaï".
"Safari croisière" est court malgré ses douze titres, même pas 40 minutes. Peu importe la longueur du moment qu’elle est bien utilisée (c’est ce qu’on me dit toujours) aussi espère-t-on encore. L’entrée en matière, en fanfare (au sens propre du terme - sic), fait malheureusement craindre pour le reste, surtout quand Erwan scande "On a vu les choses en grand messieurs dames"… C’est justement ce côté intime qui faisait toute la force de leur premier album !
A l’écoute de "Ce s’ra tout", exercice de style mélangeant des jeux de mots digne de "Sex accordéon et alcool" avec le ton de "Pépètes", on se dit que tout n’est pas perdu mais la fin de morceau en fait trop dans la caricature beauf pour être totalement appréciée. En revanche, l’interprétation de "Cendrier" (qui n’est pas sans rappeler "Dieu") et son cynisme à la "C’est la vie" est nettement plus réussi. Le Java qu’on avait tant aimé n’est donc pas complètement mort. Et "Le 10", interprété en solo par l’accordéon de Fixi, ne fait que nous le confirmer.
On retrouve toujours les morceaux slam pas forcément toujours réussis de "Hawaï" avec un titre tel que "Carte bleue" (du même auteur que "Chronique d’une toxine" sur le live) dont la métaphore filée maritime, si on comprend bien qu’elle sert à dénoncer le mondialisme financier, peine à convaincre. Et quand Erwan se met à fredonner, comme sur "Alinéa", ou qu’il reste dans le spoken word de "La muse", on se dit Java est quand même proche de l’appellation médias hype contrôlée "nouvelle scène française".
Toutefois, l’ode à la féminité et à la tolérance religieuse sur fond de samba qu’est "Samba Do Jerusalem", qu’on imagine bien tourner en boucle la nuit sur M6 (au milieu de tous ces musiciens d’ascenseur), a ce genre de charme rare qui fait qu’on n’arrive pas à la détester complètement et qu’on finit, contre toute attente et au fil des écoutes, à l’apprécier.
"Safari croisière" ne serait qu’un album mi-figue mi-raisin si d’énormes fautes de goût ne venaient pas définitivement le gâcher. "Sacrifice chez les Zombile", pseudo reportage se voulant drôle de Nicolas Hulot chez les cannibales, est péniblement long et finit par mettre mal à l’aise tant la blague tentée tombe à l’eau. Quant à "Trafic info (G pour L)", on en cherche encore le véritable intérêt (en dehors de celui de rendre cohérent le petit itinéraire sur le planisphère servant de tracklisting). Ou alors, comme dirait Jean-Claude Duss, "on doit pas avoir le même humour". Pourtant avec "Hawaï", j’aurais cru.
Certes le jugement est sévère et il ne tient pas qu’à la déception de ne pas avoir un album aussi réussi que "Hawaï". Pour être sincère, on est même profondément déçu lors des premières écoutes et il faudra un peu de volonté pour se replonger dans "Safari croisière". Avec trois morceaux remplissage (je n’avais pas encore évoqué "La guerre") sur les douze proposés et seulement 40 minutes de musique, on a un peu l’impression d’être en présence d’un album fait à la va vite, peut être pas assez maturé. Java reviendront-ils plus forts que jamais ou bien leur grande (mais courte) époque est désormais derrière eux ?