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Vendredi 25 mai 5 25 /05 /Mai 18:42
Michel Ardouin dit "Porte-Avions" (avec la collaboration de Jérôme Pierrat) - Une vie de voyou

Editeur
: Fayard

Format : 346 pages
Parution : 2005

Le cinéma a souvent montré le monde des voyous en le romançant, en faisant de ses acteurs des personnages romantiques respectant un code de l’honneur et n’étant, finalement, pas si mauvais. On se doute bien que la réalité de la voyoucratie est différente, que l’appât du gain et la jalousie ont souvent raison de la parole donnée (qui n’engage que celui qui la reçoit) et c’est ce que semble dire Michel Ardouin dans "Une vie de voyou", récit de ses souvenirs.

Avant d’être "Michel Le Belge" ou "Porte-Avions", Ardouin n’est que Michel, gamin issu de la bourgeoisie à qui un professeur prédit dès 1957 qu’il finira sur la potence. En effet, le petit Ardouin est un garçon difficile, renvoyé de toutes les écoles où ses parents tenteront de le mettre et expédié à l’armée pour lui apprendre la vie (et s’en débarrasser). Heureusement pour lui, Michel est débrouillard, vif et doté d’une sacrée intelligence du vice.

Rapidement, il se met à traîner dans les bars à voyous de Paris (ceux dans lesquels les "naves", les "boulots" – ceux qui ont choisi la voie laborieuse pour gagner trois francs six sous – ne sont pas servis). De là, il crée ses premiers partenariats, monte ses premiers coups, se fait un nom. C’est pas loin de 50 ans dans le Milieu qui l’attendent : proxénétisme, braquages (de façon stakhanoviste avec Mesrine, jusqu’à 3 par jour), trafic d’armes, de drogue (avec des parcours organisés depuis l’Amérique latine ou le Canada) et meurtres. Et forcément la prison. Un sacré parcours pour un sacré personnage.

"Porte-Avions" (surnom donné par un partenaire surpris de voir l’attirail qu’il emportait sur lui pour une affaire), c’est une gouaille, un humour, un franc-parler qui ont certainement dû lui attirer autant d’inimités que d’amitiés. En dépit d’agissements pas franchement glorieux, on en vient à le prendre en affection. Alors certes, il se trouve parfois des excuses un peu vaseuses, notamment concernant le proxénétisme (il avoue ne pas tellement aimer mettre de filles "aux asperges"… mais le fera pendant des décennies) ou le meurtre (il n’a jamais tué… pour de l’argent) mais heureusement, il lui reste une certaine lucidité quand il s’agit de ses congénères.

Au-delà de la foultitude de précisions sans intérêt pour le lecteur lambda (on se noie dans le flot de surnoms et d’adresses), c’est un portrait intéressant du Milieu d’après guerre qu’Ardouin dessine au fil des pages. On y découvre le fonctionnement des "territoires", les mises à l’amende ou encore l’évolution des business viables pour se faire de l’argent (qui changent au rythme de la législation).

Avec détachement, il donne également un aperçu de la violence, de l’intransigeance dont peuvent faire preuve ceux qui choisissent l’illégalité comme mode de vie. Sa distance par rapport à ses différentes activités et le milieu qu’il a fréquenté donne à ses récits un ton assez inédit, entre titi parigot, affranchi et encyclopédie.

Aujourd’hui presque rangé des voitures, Ardouin jette un regard assez nostalgique sur ses années folles et, parfois, perd le lecteur en route. Trop exhaustifs, certains passages deviennent ennuyeux au possible, encore plus une fois qu’on s’est rendu compte qu’essayer de retenir tous les noms au cas où ils ressurgiraient plus tard est inutile. D’ailleurs, on en vient parfois à s’interroger sur la pertinence du récit de telle ou telle anecdote, bien que certaines ne manquent pas ni de force ni d’intensité dramatique.

Toutefois, il arrive parfois à captiver le lecteur quand il ose baisser un peu la garde. Après qu’une des femmes de sa vie soit brutalement abattue en pleine rue en Amérique du Sud, il passera plusieurs années à traquer les responsables de cet assassinat. Un vrai polar noir qui finit évidemment dans le sang mais aussi, de façon plus surprenante, dans les larmes. La réaction d’Ardouin à la fin de cette traque est inattendue et joue beaucoup dans l’image finale qu’on gardera du bonhomme.

Mais, sans juger de sa vie et de son parcours, Michel Ardouin reste un personnage exceptionnel qui, a sa manière, aura marqué une certaine histoire du 20ème siècle en permettant par exemple, l’évasion de Mesrine ou en luttant contre le régime carcéral des QHS. Son témoignage a le mérite de la sincérité et de la précision ; on est loin des analyses neutres et alambiquées de professeurs en criminologie. Un ouvrage atypique et exotique pour le "nave" qui voudrait jeter un œil au monde fascinant des grands voyous.

Par Nico - Publié dans : Livres
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Dimanche 7 novembre 7 07 /11 /Nov 18:54
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Timothy ZAHN - StarWars : La croisade noire du Jedi Fou

Edition : Fleuve Noir.
Parution : 1991-93

Saga en trois tomes :
Tome 1 : L’héritier de l’Empire (Heir Of The Empire) (1991).
Tome 2 : La bataille des Jedi (Dark Force Rising) (1993).
Tome 3 : L’ultime commandement (The Last Commande) (1993).

A long time ago, in a galaxy far away…
L’Empereur est mort, Vador l’est également et l’Etoile de la Mort a été détruite (souvenez-vous, c’était à la fin du "Retour du Jedi") : la Rébellion peut enfin devenir la Nouvelle République.
Pour autant, son combat contre l’Empire n’est pas terminé, loin s’en faut. L’affrontement armé continue, il faut repousser les dernières forces de l’Empire le plus loin possible vers la Bordure Extérieure, se débarrasser de ses dernières forces (finalement encore assez nombreuses) mais il faut également gagner un nouveau combat, plus politique que militaire : réussir à s’imposer en tant que gouvernement reconnu, une tâche pour le moins difficile où la diplomatie est mise à rude épreuve.
Et c’est sans doute là que se situerait le plus ardu de la tâche (d’autant plus que des guerres intestines au sein même du nouveau gouvernement font rage) si un des derniers Grands Amiraux de l’Empire nommé Thrawn (le seul non-humain jamais promu à ce poste) ne venait pas contrecarrer les plans de la Nouvelle République. Cet esthète, doté d’une intelligence, d’une subtilité et d’un sens de la stratégie hors du commun, et épaulé par une milice privée Noghri ultra efficace, pourrait bien tuer dans l’œuf les ambitions du jeune régime démocratique. D’autant plus qu’il s’est adjoint des alliés de choix en la personne d’un maître Jedi colérique du nom de Joruus C’Baoth et d’exotiques créatures, les Ysalamiri, dont le pouvoir est de rendre la Force inopérante !

Le sort de la galaxie est donc encore loin d’être fixée et c’est à Leia (devenu madame Han Solo et enceinte de jumeaux) d’assurer la coordination diplomatique de la Nouvelle République alors que s’affrontent en Conseil l’Amiral Ackbar (le Calamari) et le conseiller Fey’la (un Bothan) dont les ambitions semblent assez peu claires. Difficile dans ces conditions de suivre sérieusement une formation de Jedi que son frère tente de lui inculquer…
C’est d’ailleurs la nouvelle mission que s’est donnée Luke Skywalker : reformer l’ordre Jedi pour protéger la Nouvelle République comme c’était le cas sous l’ancienne. Mais cette fois, il sera seul : Obi-Wan ne pourra plus l’aider puisqu’il est temps pour lui de goûter au repos éternel pour de bon.

Le salut de l’un ou l’autre des deux camps pourrait bien venir des contrebandiers et de leur nouveau chef inavoué, le rusé et charismatique Talon Karrde. Mais qui est cette mystérieuse jeune femme qui l’épaule, cette Mara Jade apparemment sensible à la Force, qui semble nourrir une haine profonde pour Luke au point de désirer sa mort plus que tout au monde ?

Première trilogie couchée sur papier après les trois films cultes sortis sur grand écran à la fin des 70's-début 80's, "La croisade noire du Jedi fou" fait dors et déjà office de référence parmi les romans estampillés Star Wars.
Timothy Zahn, écrivain déjà réputé dans le milieu de la science-fiction, a parfaitement su intégrer les formules qui ont fait le succès du mythique space opéra : histoires parallèles, environnements variés, fonctionnement par paire des personnages, alternance d'échecs et de victoires, personnages habités de conflits...
Qui plus est, l’auteur maîtrise parfaitement son histoire, ménageant suspense et révélations : on apprécie l'alternance de narration, de la République à l'Empire, faisant du lecteur le complice des manigances des uns et des autres. La tragédie et la romance inhérentes aux films sont-elles aussi présentes, rendant l’exercice sur papier plus cohérent et proche des épisodes écrits par Lucas.

Zahn introduit avec brio de nouveaux personnages dont l'importance dépasse amplement le rôle de faire-valoir pour les héros de Lucas. Le personnage du Grand Amiral Thrawn est particulièrement réussi : il évite l'écueil du méchant manichéen et caricatural pour être secret, troublant et finalement respectable et fascinant. Une sorte d’antithèse de Vador dont l’impulsivité et la violence lui avaient fait gagner non pas le respect mais la crainte des troupes de l’Empereur. Le haut gradé de la marine impériale est d’ailleurs tellement réussi qu’il a définitivement laissé son emprunte sur l’univers étendu des romans Star Wars.
Mais plus que n’importe qui, la véritable révélation de cette croisade noire, c’est la très mystérieuse Mara Jade. L’énigmatique jeune femme ne manquera pas de susciter de nombreuses réactions et interrogations. Son passé trouble, la haine qui la ronge mais aussi sa loyauté font d’elle un personnage complexe dont on sent immédiatement qu’elle sera le nœud de cette intrigue d’une façon ou d’une autre, mais aussi qu’elle aura un rôle à jouer dans un avenir plus ou moins proche dans la destinée de tout ce petit monde. Je préfère ne pas vous en dire plus.

Aussi étrange que cela puisse paraître, C’Baoth, notre Jedi fou n’a qu’a un rôle très secondaire dans l’aventure. Il n’est qu’un pion de la stratégie de Thrawn et il faut bien reconnaître qu’au final, il manque cruellement d’intérêt. A trop le vouloir fou, Zahn en a fait un personnage raté. Sa quête hallucinée de Leia et des jumeaux confine au grotesque même si c’est l’effet recherché. Plus Joruus s’empêtre dans sa mégalomanie colérique face au self-control de Thrawn, plus on s’interroge sur le choix du titre… Peut être a-t-il également perdu de son intérêt depuis la sortie de la prélogie, son coté teasing sur les guerres cloniques ayant aujourd’hui perdu de son intérêt.
Chose surprenante, malgré ses crises aigues de colère, C’Baoth ne semble pas en proie au coté obscure de la Force, sans qu’il y ait pour autant de justification à cet état de fait. Etrange. Si quelqu’un peut m’éclairer sur le sujet, je suis preneur.

Pour conclure, "La croisade noire du Jedi fou" réussit le difficile exercice de succéder, en tant que trilogie, à celle dont elle est l’héritière. Suspense, romance, dimension politique, révélations, tous les ingrédients sont présents pour une aventure de qualité. Les personnages de Lucas sont bien évidemment présents mais s’effacent presque devant ceux créés pour l’occasion par Zahn. Tant mieux, ils sont très réussis.
Il faut aussi placer cette série de romans dans l’ensemble des histoires de l’univers Star Wars. Elle apparaît clairement comme une transition entre l’histoire originelle et ses suites sur papier : dorénavant, la page de la guerre civile est tournée et une nouvelle ère s'ouvre avec la mise en place d'un nouvel ordre Jedi par Luke. May the Force be with you…
Par Nico - Publié dans : Livres
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