Amour Suprême.
A 28 ans, Rocca revient sur le devant de la scène avec son troisième album « Amour Suprême » qu’il veut plus spontané, plus proche de l’essence même de ce qui fait de lui un MC… A ceux qui lui reprochent les expérimentations de son précédent opus « Elevacion », Rocca réplique qu’il était une marche indispensable à sa carrière, une introduction à un parcours qu’il espère long. Pour éviter que son album soit une nouvelle fois mal compris, Rocca joue le jeu de l’autopsie et donne son propre éclairage sur sa dernière réalisation…
- Sarbacane 2003
(Sarbacane/Gallegos)
J’avais envie de faire plaisir à mon public qui me parle souvent de « La sarbacane » et de rendre hommage à une certaine époque. C’est une façon de fermer la boucle : je fais un clin d’œil à ceux qui me suivent depuis près de 10 ans et je rappelle aux plus jeunes que j’avais déjà fait ce type de morceau en 1994.
En même temps, le morceau commence par « Je refais effraction… » pour montrer que je suis de retour, que je reviens à ce que je sais faire de mieux. Il y aura un clip de ce titre.
02. Avril 75.
(Rocca/Chris)
J’avais le premier couplet avant même l’album « Elevacion » mais je n’avais jamais eu la bonne musique pour le faire. C’est un des premiers morceaux que j’ai enregistré et il a posé les bases de ce qu’est « Amour Suprême » : c’est un album où je voulais me poser, où je voulais être honnête, sans prétention.
Ce titre me tenait très à cœur : il raconte un peu ce qu’est ma vie depuis ma naissance sans trop rentrer dans les détails parce que j’estime que ce n’est pas très intéressant, il faut que ça reste de la musique. C’était aussi pour dire que 28 ans après ma naissance j’étais toujours en vie et en train de rapper derrière un micro…
03. Lifestyle
(Rocca-Pone/Gallegos)
Il fait partie des morceaux que tu laisses couler, des morceaux d’ambiance : les paroles ne sont pas forcément fondamentales mais forment un tout avec la musique. Je voulais raconter l’ambiance dans laquelle j’évolue, mes rapports avec la musique, les gens que je côtoie, ma manière de concevoir ma vie…
Je trouve que les morceaux comme ça sont trop rares dans le rap français : on recherche trop la prise de tête dans les lyrics. C’est pas prise de tête, c’est que du kiff.
04. Mille et Une Raisons
(Rocca/Gallegos)
C’est un thème qui me tenait à cœur depuis longtemps, je voulais expliquer les raisons pour lesquelles je suis un MC. Quand Gallegos m’a amené le son, j’ai tout de suite su que je poserai ce thème dessus (j’écris toujours mes lyrics sur la musique afin d’y coller le plus possible).
Le fait que le break que Gallegos a utilisé soit le même que Nas sur « I can » ne me gène pas du tout. Brand Nubian l’avait déjà utilisé auparavant, comme beaucoup d’autres… Il fait partie des breaks qui appartiennent à tout le monde comme dans la danse il existe des mouvements classiques. C’est une coïncidence et de toute façon quand on compare les deux prods, elles n’ont rien à voir : que ce soit à New York ou ici, tout le monde me dit que Gallegos l’a vraiment repris différemment. Je trouve ça intéressant de reprendre un break connu comme celui-là, c’est un challenge et c’est ça qui me motive. Si le son avait été pourri, je l’aurais pas gardé mais Gallegos a fait du très bon boulot, j’ai un fait un bon travail de MC’ing et le morceau a son identité propre. J’en suis très content.
05. Jour de Paie.
C’est un morceau réalisé par Trafic. Je savais pas trop quoi kicker dessus, je voyais quelque chose à la « TONY » de CNN et je me voyais pas rapper seul dessus. En discutant avec mon entourage, on m’a conseillé d’écouter attentivement ce que faisait Lino récemment et comme j’aimais déjà bien, on s’est appelé et le morceau s’est fait naturellement.
« Jour de paie » parce qu’on s’est retrouvé sur pas mal de points : ça manque pas mal de compétition, d’art, de kiff… Faut qu’on se réveille ! Et en même temps, on est deux des MCs qui ont été les plus copiés… Il y a vraiment une émulation entre nous, c’est ça que je recherche quand je fais des featurings (et la raison pour laquelle j’en fais peu).
06. Sexual feeling.
(Sarbacane/Sarbacane)
Je voulais montrer une facette de moi que j’avais pas encore vraiment montré. Je voulais un son plus doux pour prouver la versatilité de mon flow. Pour moi, c’est un gros hit et j’espère que le public et le radio ne passeront pas à côté. J’ai eu beaucoup de bons retours dessus aussi bien du côté de la gente féminine que des kiffeurs.
Je voulais faire un morceau sur les meufs depuis longtemps et je suis quelqu’un qui aime beaucoup les préliminaires dans les relations… ça a donné « Sexual feeling ».
07. Seven
(Rocca/Gallegos)
C’est le dernier morceau que j’ai enregistré. En tombant sur le sample de disco latino quand on était en studio avec Gallegos, j’ai tout de suite su que le texte que j’avais écrit pour une autre prod allait coller. En une heure, c’était fait.
Je voulais personnaliser les sept pêchés capitaux qui nous entoure en racontant une histoire comme un film. Quand je dis « je » dans le morceau, c’est pas forcément autobiographique mais il est sincère. Je l’ai fait avec les trips et on y retrouve ma personnalité. Dans le rap français, dès qu’on aborde des textes un peu conscient, ça tombe dans l’apitoiement. Oui, on peut faire des textes conscients mais il faut le faire avec du flow ! J’aime ressentir des émotions qu’elles soient tristes ou non mais il faut qu’il y ait un film.
08. Fils du Bitume.
(Rocca-Pone/Gallegos)
C’est un titre posé en one shot… On a repris la voix que j’avais posé pour les maquettes, on a trouvé ça inutile de le reposer.
Je voulais rendre hommage à pas mal de gens de mon entourage qui ont vraiment grandi dans la rue… Moi je m’estime être privilégié du fait que j’ai grandi dans la musique et que ça marche plutôt pas mal. C’est vraiment pour les gens qui ont grandi autour de moi, qui m’ont énormément apporté et qui sont vraiment dans le bitume. C’est pour ça que j’ai pris la voix de Miguel (P4), mon gars qui nous a quitté, la voix de Daddy Lord C parce que c’est un vétéran… Gallegos dit que c’est un peu un hymne à la rue.
09. Blood
(Rocca/Gallegos)
C’est mon goût pour raconter des fictions. J’adore les polars, les histoires de mafieux, les milieux souterrains… Des milieux que je peux parfois côtoyer. C’est encore un morceau dont tu n’es pas obligé d’écouter les paroles, c’est l’ambiance du morceau qui est importante. Quand j’ai eu le son de Gallegos, j’ai tout de suite su que j’allais parler de ça… Les bruits d’orage m’ont mis direct dans l’ambiance.
10. Laisse couler.
(Rocca-Big Red/Rocca)
C’est un titre typiquement fait pour le dancefloor. Quand j’ai fait la prod, j’ai tout de suite penser à Big Red. Je pense que je vais même en faire une version en espagnol pour l’Amérique latine.
11. Diana
(Rocca/Gallegos)
Deuxième fiction de l’album. Cette fois, on sort du cadre de la rue. C’est une histoire qui pourrait arriver à tout le monde. Comment une rencontre peut bouleverser ta vie, comment l’amour peut t’aveugler, comment la vie peut te conduire dans des situations extrêmes. Il y a des références bibliques avec Dalila qui a coupé les cheveux de Sanson… C’est typiquement un thème de salsa : le mec qui se fait avoir par la nana (rires).
J’espère que c’est un titre qui touchera un autre public. Quand j’imagine le gars, je vois un mec assez âgé, marié avec des enfants… qui a fait sa vie mais qui part en vrille.
12 Rap Control.
(Rocca/Gallegos)
C’est un son que Gallegos a depuis l’époque de la Cliqua et que j’avais toujours écarté jusqu’à présent, on n’y a pas touché. Il me l’a ressorti une nouvelle fois en studio et là, je me suis dit « nan mais il est trop fort ce son, il me le faut ».
J’aurais pu l’appeler « Savoir faire » : je voulais montrer mes capacités de flow. Ma capacité à ne pas dissocier flow et sens. Il y a des petits messages subliminaux mais sans perdre en fluidité.
13. Apprendre à vivre.
(Rocca-P38/P4)
C’est un morceau personnel, qui me tenait très à coeur… C’est P4 qui a fait le son avant de partir, il aurait du être très présent sur l’album, on avait des projets ensemble mais il est parti plus tôt que prévu… Je pose avec P38, le mec de son groupe. C’est un hommage à ceux qui sont partis.
14. Amour suprême.
C’est un des premiers sons que Gallegos ait commencé à travailler, quelques mois après « Elevacion ». J’ai invité un chanteur de house afro-caribéenne (Jayhem) et j’ai posé un lyrics freestyle que j’ai écrit en une heure. Je fais un clin d’œil à « Le hip hop mon royaume » et dans le dernier couplet je reprends l’intitulé de tous mes titres… J’ai voulu montrer que je suis toujours là, qu’il n’y a pas de requiem pour un gars conçu pour durer.
Otto Octavius
