Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:52

Amour Suprême.

 

A 28 ans, Rocca revient sur le devant de la scène avec son troisième album « Amour Suprême » qu’il veut plus spontané, plus proche de l’essence même de ce qui fait de lui un MC… A ceux qui lui reprochent les expérimentations de son précédent opus « Elevacion », Rocca réplique qu’il était une marche indispensable à sa carrière, une introduction à un parcours qu’il espère long. Pour éviter que son album soit une nouvelle fois mal compris, Rocca joue le jeu de l’autopsie et donne son propre éclairage sur sa dernière réalisation…

 

  1. Sarbacane 2003

(Sarbacane/Gallegos)

J’avais envie de faire plaisir à mon public qui me parle souvent de « La sarbacane » et de rendre hommage à une certaine époque. C’est une façon de fermer la boucle : je fais un clin d’œil à ceux qui me suivent depuis près de 10 ans et je rappelle aux plus jeunes que j’avais déjà fait ce type de morceau en 1994.

En même temps, le morceau commence par « Je refais effraction… » pour montrer que je suis de retour, que je reviens à ce que je sais faire de mieux. Il y aura un clip de ce titre.

      02. Avril 75.

(Rocca/Chris)

J’avais le premier couplet avant même l’album « Elevacion » mais je n’avais jamais eu la bonne musique pour le faire. C’est un des premiers morceaux que j’ai enregistré et il a posé les bases de ce qu’est « Amour Suprême » : c’est un album où je voulais me poser, où je voulais être honnête, sans prétention.

Ce titre me tenait très à cœur : il raconte un peu ce qu’est ma vie depuis ma naissance sans trop rentrer dans les détails parce que j’estime que ce n’est pas très intéressant, il faut que ça reste de la musique. C’était aussi pour dire que 28 ans après ma naissance j’étais toujours en vie et en train de rapper derrière un micro…

     03. Lifestyle

(Rocca-Pone/Gallegos)

Il fait partie des morceaux que tu laisses couler, des morceaux d’ambiance : les paroles ne sont pas forcément fondamentales mais forment un tout avec la musique. Je voulais raconter l’ambiance dans laquelle j’évolue, mes rapports avec la musique, les gens que je côtoie, ma manière de concevoir ma vie…

Je trouve que les morceaux comme ça sont trop rares dans le rap français : on recherche trop la prise de tête dans les lyrics. C’est pas prise de tête, c’est que du kiff.

      04. Mille et Une Raisons

(Rocca/Gallegos)

C’est un thème qui me tenait à cœur depuis longtemps, je voulais expliquer les raisons pour lesquelles je suis un MC. Quand Gallegos m’a amené le son, j’ai tout de suite su que je poserai ce thème dessus (j’écris toujours mes lyrics sur la musique afin d’y coller le plus possible).

Le fait que le break que Gallegos a utilisé soit le même que Nas sur « I can » ne me gène pas du tout. Brand Nubian l’avait déjà utilisé auparavant, comme beaucoup d’autres… Il fait partie des breaks qui appartiennent à tout le monde comme dans la danse il existe des mouvements classiques. C’est une coïncidence et de toute façon quand on compare les deux prods, elles n’ont rien à voir : que ce soit à New York ou ici, tout le monde me dit que Gallegos l’a vraiment repris différemment. Je trouve ça intéressant de reprendre un break connu comme celui-là, c’est un challenge et c’est ça qui me motive. Si le son avait été pourri, je l’aurais pas gardé mais Gallegos a fait du très bon boulot, j’ai un fait un bon travail de MC’ing et le morceau a son identité propre. J’en suis très content.

     05. Jour de Paie.

C’est un morceau réalisé par Trafic. Je savais pas trop quoi kicker dessus, je voyais quelque chose à la « TONY » de CNN et je me voyais pas rapper seul dessus. En discutant avec mon entourage, on m’a conseillé d’écouter attentivement ce que faisait Lino récemment et comme j’aimais déjà bien, on s’est appelé et le morceau s’est fait naturellement.

« Jour de paie » parce qu’on s’est retrouvé sur pas mal de points : ça manque pas mal de compétition, d’art, de kiff… Faut qu’on se réveille ! Et en même temps, on est deux des MCs qui ont été les plus copiés… Il y a vraiment une émulation entre nous, c’est ça que je recherche quand je fais des featurings (et la raison pour laquelle j’en fais peu).

      06. Sexual feeling.

(Sarbacane/Sarbacane)

Je voulais montrer une facette de moi que j’avais pas encore vraiment montré. Je voulais un son plus doux pour prouver la versatilité de mon flow. Pour moi, c’est un gros hit et j’espère que le public et le radio ne passeront pas à côté. J’ai eu beaucoup de bons retours dessus aussi bien du côté de la gente féminine que des kiffeurs.

Je voulais faire un morceau sur les meufs depuis longtemps et je suis quelqu’un qui aime beaucoup les préliminaires dans les relations… ça a donné « Sexual feeling ».

      07. Seven

(Rocca/Gallegos)

C’est le dernier morceau que j’ai enregistré. En tombant sur le sample de disco latino quand on était en studio avec Gallegos, j’ai tout de suite su que le texte que j’avais écrit pour une autre prod allait coller. En une heure, c’était fait.

Je voulais personnaliser les sept pêchés capitaux qui nous entoure en racontant une histoire comme un film. Quand je dis « je » dans le morceau, c’est pas forcément autobiographique mais il est sincère. Je l’ai fait avec les trips et on y retrouve ma personnalité. Dans le rap français, dès qu’on aborde des textes un peu conscient, ça tombe dans l’apitoiement. Oui, on peut faire des textes conscients mais il faut le faire avec du flow ! J’aime ressentir des émotions qu’elles soient tristes ou non mais il faut qu’il y ait un film.

      08. Fils du Bitume.

(Rocca-Pone/Gallegos)

C’est un titre posé en one shot… On a repris la voix que j’avais posé pour les maquettes, on a trouvé ça inutile de le reposer.

Je voulais rendre hommage à pas mal de gens de mon entourage qui ont vraiment grandi dans la rue… Moi je m’estime être privilégié du fait que j’ai grandi dans la musique et que ça marche plutôt pas mal. C’est vraiment pour les gens qui ont grandi autour de moi, qui m’ont énormément apporté et qui sont vraiment dans le bitume. C’est pour ça que j’ai pris la voix de Miguel (P4), mon gars qui nous a quitté, la voix de Daddy Lord C parce que c’est un vétéran… Gallegos dit que c’est un peu un hymne à la rue.

      09. Blood

(Rocca/Gallegos)

C’est mon goût pour raconter des fictions. J’adore les polars, les histoires de mafieux, les milieux souterrains… Des milieux que je peux parfois côtoyer. C’est encore un morceau dont tu n’es pas obligé d’écouter les paroles, c’est l’ambiance du morceau qui est importante. Quand j’ai eu le son de Gallegos, j’ai tout de suite su que j’allais parler de ça… Les bruits d’orage m’ont mis direct dans l’ambiance.

      10. Laisse couler.

(Rocca-Big Red/Rocca)

C’est un titre typiquement fait pour le dancefloor. Quand j’ai fait la prod, j’ai tout de suite penser à Big Red. Je pense que je vais même en faire une version en espagnol pour l’Amérique latine.

    11. Diana

(Rocca/Gallegos)

Deuxième fiction de l’album. Cette fois, on sort du cadre de la rue. C’est une histoire qui pourrait arriver à tout le monde. Comment une rencontre peut bouleverser ta vie, comment l’amour peut t’aveugler, comment la vie peut te conduire dans des situations extrêmes.  Il y a des références bibliques avec Dalila qui a coupé les cheveux de Sanson… C’est typiquement un thème de salsa : le mec qui se fait avoir par la nana (rires).

J’espère que c’est un titre qui touchera un autre public. Quand j’imagine le gars, je vois un mec assez âgé, marié avec des enfants… qui a fait sa vie mais qui part en vrille.

    12 Rap Control.

(Rocca/Gallegos)

C’est un son que Gallegos a depuis l’époque de la Cliqua et que j’avais toujours écarté jusqu’à présent, on n’y a pas touché. Il me l’a ressorti une nouvelle fois en studio et là, je me suis dit « nan mais il est trop fort ce son, il me le faut ».

J’aurais pu l’appeler « Savoir faire » : je voulais montrer mes capacités de flow. Ma capacité à ne pas dissocier flow et sens. Il y a des petits messages subliminaux mais sans perdre en fluidité.

   13. Apprendre à vivre.

(Rocca-P38/P4)

C’est un morceau personnel, qui me tenait très à coeur… C’est P4 qui a fait le son avant de partir, il aurait du être très présent sur l’album, on avait des projets ensemble mais il est parti plus tôt que prévu… Je pose avec P38, le mec de son groupe. C’est un hommage à ceux qui sont partis.

      14. Amour suprême.

C’est un des premiers sons que Gallegos ait commencé à travailler, quelques mois après « Elevacion ». J’ai invité un chanteur de house afro-caribéenne (Jayhem) et j’ai posé un lyrics freestyle que j’ai écrit en une heure. Je fais un clin d’œil à « Le hip hop mon royaume » et dans le dernier couplet je reprends l’intitulé de tous mes titres… J’ai voulu montrer que je suis toujours là, qu’il n’y a pas de requiem pour un gars conçu pour durer.

 

Otto Octavius

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:49

Logilo Productions.

 

Discret mais efficace. Passionné et motivé. C’est l’image qui colle le mieux au label Logilo Productions depuis ses débuts. Avisé aussi. Jugez vous-mêmes : le premier mini-album de Puzzle a connu un succès retentissant au sein du microcosme rap français et a même reçu la décoration de la « meilleure auto production de l’année » de la FNAC. Quant à Harcèlement Textuel, la sortie de leur premier album a rencontré un réel succès d’estime qui semble satisfaire tout le monde. Pour la sortie de la compilation 100% scratch du label (« Hyper-Cut » du nom de l’école de DJ’ing montée par Logilo et Kaze), Tracklist rencontre l’équipe au complet et cherche à savoir ce qui motive tout ce petit monde…

 

Fiche de présentation du label.

Date de création du label : 1996.

Lieu de résidence du label : Val d’Oise.

Effectif : DJ Logilo (DJ, producteur musical, réalisateur artistique), DJ Kaze (DJ, producteur musical, label manager).

Artistes : Puzzle, Harcèlement Textuel.

 

Comment s’est créé le label ?

DJ Kaze : Il s’est monté en 1996 autour des mix-tapes de Logilo. A la base, nous étions trois : Logilo, moi-même et Obiwan.

DJ Logilo : On voulait arriver avec quelque chose qui nous ressemblait, d’un peu différent qui associait le DJ’ing à la production, c’est pour ça que mes cassettes étaient des tapes de remix sur productions originales.

Déjà à l’époque, l’accent était surtout mis sur les MCs et avec Kaze on pensait qu’il était nécessaire qu’il existe une structure dont des DJ seraient à l’origine. Il nous semblait important qu’il y ait un travail de fait sur la rythmique, pas que sur la ligne mélodique. C’est pour ça qu’on a enchaîné sur les breakbeats juste après.

 

Comment en être passé de la production de mix-tapes à celles d’artistes ?

DJ Logilo : On s’était déjà installé notre petit home studio, on savait enregistrer et mixer un morceau, on avait acquis de l’expérience avec différents groupes donc on a voulu mettre ça à disposition de jeunes groupes dont on appréciait le travail.

On a rencontré Puzzle et Harcèlement Textuel à l’époque du volume 4 de mes mix-tapes par le biais de Midnight Run qui avait une émission sur Générations avec Zoxea. On a apprécié leur travail et on a décidé de continuer à travailler ensemble. C’est Puzzle qui a été mis en avant en premier parce que Harcèlement avait besoin de plus de temps pour peaufiner leur travail, pour s’organiser… On a pris du temps pour les sortir parce que les artistes voulaient mettre la pression en sortant leur disque donc il a fallu faire émerger une vraie philosophie, un vrai ensemble de valeurs avant de se lancer.

 

Quels sont les objectifs, la philosophie du label ?

DJ Logilo : On ne travaille en se disant « on a fait un album, il est sorti, on a gagné un peu de sous, chacun repart de son côté ». On veut aller au bout des choses ensemble, aller au bout de nos projets, créer une vraie logique de label.

On voulait montrer à des jeunes qui ont un truc très instinctif que c’est bien mais pas suffisant, qu’on peut leur apporter le côté professionnel, les pousser à mieux maîtriser leur art et également les préparer à affronter un milieu assez particulier.

On est un label de passionnés de musique et c’est pour ça que notre principal objectif est de pouvoir enregistrer de la musique et pouvoir la diffuser tout en allant au bout de nous mêmes.

 

Quel regarde portez-vous sur les albums de vos artistes ?

DJ Logilo : On est complètement séduits par les résultats du mini album de Puzzle et de celui d’Harcèlement : c’est exactement ce qu’on voulait faire. Quand on les écoute aujourd’hui, on sent qu’ils n’ont pas vieilli et qu’ils ont été fait dans une logique intemporelle. Je suis vraiment très satisfait du travail fait dans les deux cas et ce, à des périodes différentes.

 

Brahi, quel est ton regard là dessus ?

Brahi : Pour moi la sortie de l’album d’Harcèlement Textuel, c’est la concrétisation d’un rêve de gosse. En plus, pour un groupe comme nous, évoluer au sein d’un label comme Logilo Productions c’est le bonheur : on partage la même vision de la musique. On a juste eu à suivre le mouvement, se laisser aller.

 

Parlons un peu d’Hyper-Cut… Pourquoi avoir mis en place une telle compilation ?

DJ Kaze : A la base, Hyper-Cut est l’école de DJ qu’on a monté avec Logilo. C’est avec ce nom là qu’on a sorti en 2002 une mix-tape regroupant des DJ passionnés de scratch. On n’avait imposé aucun thème, chacun venait avec son propre univers et avec Logilo on a mis en place deux medleys retraçant la scratch culture. On voulait communiquer notre passion et faire ressentir aux gens ce qu’on a pu ressentir. Comme on a vu qu’on tenait quelque chose d’intéressant, on a voulu sortir du format mix-tape qui ne plait plus tellement aux gens pour passer sur cd en mettant des titres inédits de DJ qui n’avaient pas eu le temps de faire de titre pour la tape (comme DJ Kodh par exemple).

 

Pourquoi mettre en avant « le premier album de scratch français » alors qu’il y a eu la compilation « Double H DJ Crew » il y a quelques années ?

DJ Kaze : Parce qu’il n’y a que du scratch, ce n’est que de la composition scratch tout au long des deux cds.

DJ Logilo : L’album de Cut était un mélange de productions et de platines. En dehors, des medleys, il n’y a pas de production, ce n’est que du scratch. Ces medleys permettent à ceux qui prennent le train en marche d’avoir une vision globale du scratching depuis ses débuts, aussi bien le côté phrase musicale que le côté technique.

Dans la même logique, à la fin du 2ème CD, il y a 20 minutes de training virtuel où on décline le côté technique et parallèlement la phrase musicale pour montrer que la deuxième ne découle pas forcément du premier.

Cet album est une photographie à un instant précis de ce qu’est la scène française dans sa diversité. Il présente à la fois l’élite que des gens moins connus mais ayant un univers personnel, partageant tous des valeurs qu’on estime être les valeurs de base de la culture scratch.

Ce qui nous énormément surpris quand on a reçu les différentes maquettes, c’est la diversité des morceaux. Chacun a sa patte, son univers reconnaissable à la première note.

 

Brahi, comment as-tu aborder ton rôle sur la compile ?

Brahi : Quand j’ai écouté « Hyper-Cut », j’ai trouvé ça tellement frais je voulais absolument y participer. Mais je voulais pas non plus prendre trop de place, j’ai fait mon boulot de MC dans le sens « Maitre de Cérémonie ».

 

Quels sont vos projets ?

Nabil : Je prépare une compile de remix de classiques du rap français.

Brahi : On prépare le nouvel album d’Harcèlement Textuel. Personnellement, je travaille sur un projet basé autour de l’improvisation pour sortir de la logique du studio qui tue la créativité. Je ne sais pas trop sous quelle forme cela sortira mais ce sera tout sauf un album conventionnel : ce sera l’itinéraire d’un artiste urbain. On finit les enregistrements audio et vidéo en ce moment.

Meexaa BB : Je travaille sur une compile rap et une compile r&b. Et parallèlement je prépare les championnats ITF de la rentrée.

DJ Logilo : On va sortir le nouveau breakbeat de DJ Kaze. Le deuxième album de Puzzle est prévu mais on sait absolument pas quand. On va également développer le projet Hyper-Cut en Espagne.

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:47

Rocca.

 

Après l’accueil plutôt frileux réservé à son second album « Elevacion », Rocca avait quelque peu disparu du milieu rap parisien. Les mauvaises langues n’auront pas manqué de le remarquer et de dire qu’il avait mal supporté l’échec de l’album éponyme de La Cliqua et les critiques sur son dernier solo.

 

Il n’en est en fait rien : l’homme est trop sûr de lui et de sa démarche artistique pour laisser quelques déçus (ou « langues de pute » pour reprendre ses mots) avoir raison de sa motivation. Pendant ces quelques mois d’absence, celui qu’on surnommait « Chief » n’a pas chômé, profitant de cette apparente traversée du désert (du moins pour nous autres Français) pour voyager (New York, Colombie / Amérique latine) et commencer à développer son label « Parcero Productions » dont la première réalisation est l’album mix-tape de son groupe « Tres Coronas » (disponible uniquement en Amérique latine et bientôt sur la côte est américaine). Rocca attaque donc le monde sur deux fronts bien distincts qu’il ne souhaite pas voir se mêler : « Ici, les gens me comprennent parfaitement quand je leur parle en français, je ne vois pas pour moi l’intérêt d’arriver en France avec un disque en espagnol ».

 

Cette mise à l’écart volontaire et cette ouverture vers d’autres horizons auront changé l’état d’esprit de Rocca. Plus concentré sur sa musique et moins sur la chasse aux wacks, il apparaît plus posé (du moins en interview, il n’a pas encore enterré la hache de guerre quand il s’agit de prendre le micro), plus réaliste avec même une certaine tendance au cynisme quand il s’agit d’aborder la question du business dans le rap.

Ce n’est pas pour autant que la moitié de la Squadra est moins motivée, bien au contraire : plus ambitieux et travailleur que jamais, il estime à 26 ans que le gros de sa carrière est encore devant lui : « Je ne suis pas prêt de m’arrêter. Je commence seulement à être à peu près satisfait de ce que je suis en tant qu’homme et en tant qu’artiste. J’ai énormément de choses à accomplir que ce soit en France, en Amérique latine ou aux Etats Unis ».

 

Pas d’amertume quand il s’agit d’aborder le cas de « Elevacion » : « Sans cet album, je n’aurais jamais pu faire ce que je fais aujourd’hui. Il m’a permis d’expérimenter énormément de choses aussi bien en matière de son (en faisant intervenir des musiciens, en m’essayant sur des beats rapides), de flow que de thèmes (qui étaient plus sociaux que ceux que je peux avoir maintenant) ». Il précise d’ailleurs que « la fin de l’album (des titres comme « R.A.P. » ou « Spasmes ») annonçait le style que je fais maintenant ». Ainsi donc, ce n’est au final un échec que d’un point de vue strictement commercial, le plus important étant qu’il ait servi « d’élévateur » à un Rocca en pleine mutation.

Quand on lui fait remarquer que l’écoute de son 2ème album est assez éprouvante en raison de la violence qui se dégageait de son interprétation, « le Colombien qui sait parler français » confirme : « J’étais dans une période très… énervée. Je pesais 8 kilos de plus, j’étais à fond dans le sport. J’allais jusqu’à faire des séries de pompes avant de poser ». Quand on lui demande les raisons de cet état d’esprit, il confie à demi-mots que la dissolution de la Cliqua n’y est pas totalement étrangère.

 

Après avoir écumé les scènes outre-atlantique (aussi bien au Nord qu’au Sud de l’Equateur), Rocca revient bizarrement par la petite porte vers le public de ses débuts avec un maxi sorti dans la plus grande discrétion. En effet, on a beaucoup parlé de la galette contenant « Trafic » et « Légendaire » (qui voit le mythique duo La Squadra se reformer pour l’occasion, malheureusement - il faut bien le dire - sans la magie de l’époque) comme d’une rumeur. Autant la démarche peut paraître étrange, autant celle-ci est réfléchie : « Je voulais revenir de cette façon, qu’on reparle de moi sans trop savoir ce qu’il en était, que le buzz monte. Mon vrai retour ça sera le maxi ‘Sarbacane 2003 / Illégal’ ».

 

Un nouveau maxi avec, bien qu’il s’en défende, un goût de nostalgie donc (au moins pour les auditeurs) puisque après la reformation de la Squadra le temps d’un morceau, Rocca fait un clin d’œil à l’un de ses titres phares (et on pourra même aller jusqu’à dire un des titres phares du rap français) « Comme une sarbacane » pour son grand come back (le maxi sera dans les bacs dès le 20 avril).

Une première étape (un autre maxi sortira fin mai) pour annoncer la sortie le 10 juin de « Amour suprême », le troisième album de l’ancien membre de La Cliqua. Il reste pour le moment assez discret sur le sujet, utilisant intelligemment la méthode du teasing pour attiser la curiosité : « J’ai travaillé avec moins de producteurs que sur mon précédent album : seuls Gallegos, Chris et mon frère se sont chargés de la production. Les beats seront moins rapides que sur ‘Elevacion’ qui était trop éprouvant à défendre sur scène. […] Je reviens à la base du rap : plus d’enregistrement sur plusieurs pistes comme j’avais expérimenté sur ‘Elevacion’ ».

 

Si « Elevacion » avait pu décevoir, ce que laisse présager « Sarbacane 2003 » risque de remettre tout le monde d’accord et rappeler au public qu’il avait eu tort d’enterrer Rocca aussi vite…

 

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:41

DJ Pray’One.

 

Si on suit un tant soit peu le marché de la mix-tape, on ne peut ne pas avoir entendu parler de Pray’One,  DJ exigeant et multi-casquettes. Celui qui est l’instigateur et la tête pensante du crew Cypha Prayer sort le volume 2 de sa double mix-tape « MCs en faktion » (cette fois-ci sans DJ Saphyr), toujours avec une grosse centaine de MCs français mais aussi anglais et américains. Le stick annonçait « Si t’es mauvais t’es pas dessus »… Le fait est que Pray’One sait où il va et n’a pas sa langue dans sa poche. Rencontre.

 

Peux-tu te présenter et résumer ton parcours ?

Pray’One : Je suis originaire de Toulouse. Là bas je taggais avec des mecs et je tiens mon pseudo de cette époque. Je suis DJ depuis 5 ou 6 ans, je m’y suis mis sérieusement quand je suis arrivé à Générations sur « Génération DJ » avec Saphyr. Ensuite, on a enchaîné sur « Sang d’Encre » pendant deux ans.

J’ai fait une quinzaine de mix-tapes dont « MCs en Faktion », « Psychoheadz », les « Hip Hop Brevage », une tape « Nas / Jay-Z » qui se sont toutes très bien vendus (3000 exemplaires chacune au moins)… J’ai participé aux maxis d’ANPE.


Quel est ton rôle par rapport à ANPE ?

Pray’One : J’en fais pas officiellement partie mais… j’en fais partie (rires). Mon manager, Samir, est le manager d’Asken. C’est une histoire de famille.

 

Qu’est-ce qui t’a fait venir aux platines ?

Pray’One : Je rappais trop mal (rires). A l’origine, j’étais surtout intéressé par la production mais comme je n’avais pas les moyens, je me suis mis aux platines et ça m’a plu.

 

Parle-nous de ton crew, Cypha Prayer : on ne sait plus très bien qui est dedans aujourd’hui…

Pray’One : A l’origine, c’était juste Saphyr (qui bossait avec AK47, devenu Force 2 Frappe) et moi qui bossais avec les Fauves (dont on a sorti le premier maxi). On a rencontré Dramaa et Kyllaa qui ont formé Assos 2 Locos. De cette époque, il ne reste plus que moi : chacun a suivi sa voie mais tout le monde est en bon terme.

Aujourd’hui, il y a Redbull qui à l’origine faisait des clips et des courts métrages, DJ Hertz qui vient d’intégrer l’équipe et un groupe de Boulogne PP7 (Babas et Lo’Sky).

 

Tout ces changements, ça n’a pas brouillé la perception que les gens pouvaient avoir de Cypha Prayer ?

Pray’One : Je pense que dès le départ, les gens ne savaient pas trop qui faisait partie du crew. L’organisation était un peu brouillon. Aujourd’hui, au niveau communication je suis plus carré et je pense que pour Hertz et PP7, il n’y aura pas de confusion dans l’esprit des gens.

Je vais passer en SARL pour pouvoir gérer la production, le studio, un fanzine qui s’appellera « Paper » (que je fais avec Greg de Sans Concession), le graphisme et une marque de vêtements.

 

A multiplier les casquettes, c’est pas le meilleur moyen de mal faire les choses ?

Pray’One : Avant, on avait tous un rôle défini mais au final, c’est moi qui faisais la plupart des choses ou qui les finissais. Je me plains d’avoir trop de trucs à faire mais quand je fais rien je m’ennuie (rires) !

 

Le volume 2 de « MCs en faktion » est toujours un format double K7. Pour quelle raison ? Comment s’est faite la sélection ?

Pray’One : Pour rester dans le délire de la première. En K7, il fait 187 minutes et malgré ça, j’ai pas pu inviter tous les gens que je voulais. Sur les CD, il y a 23 minutes de moins : ce sont souvent des gens que je n’avais pas appelé à la base ou des gens dont je savais qu’ils pouvaient faire mieux.

 

Et les anglophones ?

Pray’One : B.A. (Atlanta) est signé sur le label Twin Fizz basé à Paris, il m’a ramené Jemini (New York) et Danger Mouse (Atlanta), Féross m’a présenté Amad Jamal (LA) et Rising Son. Dilated Peoples m’ont envoyé Sage Supreme qui fait leurs backs. Subverse m’a contacté pour faire poser leurs artistes sur des produits à moi et il y a donc C-Ray Wallz, etc…

 

Il y a plus d’une centaine de MCs, les morceaux s’enchaînent à toute vitesse… C’est un peu éprouvant à écouter.

Pray’One : La première était un peu dans le même délire. C’est peut être éprouvant mais si tu kiffes pas un mec, tu sais que 1’30 plus tard y aura un mec meilleur. Là, j’ai voulu donner du temps au plus de mecs possibles. Après, c’est vrai que j’ai été frustré de pas donner plus de temps à certaines personnes comme JL par exemple.

 

Tu as vraiment du supporter des boulets comme ceux qui sont caricaturés dans les interludes ?

Pray’One : (rires) Au téléphone, grave ! C’est en permanence… Le problème c’est que je me demande comment les gens vont les prendre ces interludes : ils sont tellement teubés parfois qu’ils sont capables de les prendre mal : je jette les gens mais je m’insulte aussi (c’est moi qui fait Toufik).

C’est un délire pour répondre à ceux qui croient que c’est un du de poser sur mix-tape : on met de l’argent, on fait de la promo, mes tapes sont bossées comme des albums et j’ai l’ambition de faire 10.000 ventes pour le printemps donc pour ça, il faut que je m’assure de la qualité. Aujourd’hui, il y a trop de mecs qui croient qu’avec 6000 francs, on fait une bonne mix-tape. Ça suffit pas, ça se travaille.

Il y a eu des sticks « Si t’es mauvais, t’es pas dessus ». Evidemment, il y a des mecs super forts qui sont pas dessus, c’était pour choquer, créer un buzz. Mais même ça, les gens le prennent au pied de la lettre.

 

D’après ce que tu me dis, tu as vendu pas mal de cassettes dernièrement. Le marché n’est donc pas bouché ?

Pray’One : J’ai vendu 3000 « Hip Hop Brevage vol.3 » alors que c’est du mix US indé, réputé peu vendeur. C’est peut être parce que je suis là depuis 5 ou 6 ans, que je suis jamais parti en couille à mixer du r&b pour faire du fric. Il y a la garantie d’un type de son, tu peux être sur que ça partira pas dans les derniers trucs des majors et qu’il n’y aura pas de mix r&b.

 

La mix-tape a perdu sa fonction de découvreuse de talents. Ton avis là dessus ?

Pray’One : C’est vrai qu’on retrouve un peu toujours les mêmes têtes. Pour « MCs en faktion vol.2 » j’ai fait un concours pour trouver de nouveaux talents : sur la centaine de maquettes que j’ai reçu, j’en ai gardé que deux (P.LO de la Censure et S’Pry de V13). Tu reçois des trucs, rien qu’à voir le nom du rappeur, tu sais que c’est même pas la peine d’écouter. Il y en a qui m’ont appelé, je pensais que c’était mon manager qui me faisait des blagues (rires) !

 

Tu me disais que « MCs en faktion vol.2 » allait sortir en CD. C’est une pratique de plus en plus courante, tu penses qu’à terme la tape va finir par disparaître ? Légalement, ça va pas poser des problèmes ?

Pray’One : Malheureusement oui. J’ai mis du temps à faire du CD mais je m’y mets. Légalement, ça sera plus galère mais bon… y a des astuces, faut venir me voir (rires).

 

D’ailleurs, la mix-tape en tant que telle est de plus en plus rare, ce sont de moins en moins les DJ qui bossent sur le format k7…

Pray’One : La plupart du temps, c’est des gars de cité qui prennent leurs potes, essaient d’avoir une ou deux grosses têtes et mettent leurs sous là dedans. Le plus souvent, on n’a pas le droit à de bonnes surprises, c’est un peu le problème des street tapes. Il n’y a plus trop de DJ en jeu c’est clair. J’en ai invité quelques uns pour des interludes.

 

Quels sont tes projets ?

Pray’One : Le volume 2 des maxis One Time après celui feat. Asken et les X) qui sera avec l’ANPE. Je fais un son sur le prochain maxi d’Asken, l’intro de la compilation « Illicite ». Aujourd’hui, les gens ont confiance en mes sorties, je vais arrêter de faire des trucs du genre mix-tape.com awards, ou des mix-tapes dont je peux pas faire la sélection : des groupes comme Relic ou Deblé Men n’auraient jamais été sur une tape faite par moi, tous les gens qui sont sur mes tapes sont voulus.

Je pense sortir une série de 5 maxis 3 titres (dont un anglophone) où j’invite des MCs à poser : on devrait retrouver Pyroman, OSFA, Cypha Prayer, Amad Jamal, Sage Supreme, B.A… Le but est de, par la suite, sortir une compile CD avec des inédits.

Je fais une émission de radio avec Asken qui est diffusée un peu partout en France sur des radios locales ainsi qu’à Bruxelles et à Montréal. Pour mon actu : www.cypha-prayer.com.

 

Baby Hermann

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:37

CSRD

 

Après un maxi très remarqué pour sa pochette, un album finalement plutôt bien accueilli, CSRD (pour Club Spliton & Réservoir Dogues) reviennent encore plus « D.U.R. » dès le 8 avril dans les bacs avec un album un nouvel album. Après le succès de leur compilation « West Rider », les pionniers de la scène west française espèrent bien confirmer. Rencontre avec les chiens (et le chat) du CSRD pour une mise au point.

 

Pouvez-vous présenter chacun des groupes qui constituent CSRD ?

Pimp Cynik : Réservoir Dogues composé de moi même, Odji Ramirez, Desty Corléone, Slow A, Slap et Clever. Chacun avance un peu en free lance.

ALPHA : Club Splifton avec MSJ, Thug Babtou GG, Dim Bull et moi. On a sorti un premier album en 1999 avec d’autres membres.

A la même époque, on a rencontré les chiens du RD et on a décidé de s’associer avec eux pour former CSRD (Club Splifton Réservoir Dogues) étant donné qu’on partageait les mêmes délires. On a sorti l’album en 2000 (écoulé à 2000 exemplaires sans trop de promo) et là on rempile avec un nouvel album « D.U.R. » qui sortira le 8 avril.

Pour ceux qui ne nous connaissent pas, notre style musical est archi influencé par la west coast, le son californien. C’est une musique, un style de vie, une façon de penser…

 

Certains d’entre vous (Odji et Slow A) faisaient partie d’ATK avant, comment s’est fait la transition ? Même question pour les anciens de Yusiness (MSJ et GG).

Odji : On était dans ATK quand le groupe tournait à 21. Déjà à l’époque, on kiffait la west, on demandait des sirènes sur les instrus, etc… Ensuite le groupe a explosé et on s’est retrouvé naturellement Slow A et moi dans le RD.

GG : Au début, j’avais un groupe avec MSJ puis on a rencontré d’autres mecs avec qui on a formé Yusiness. Le groupe a splitté parce qu’on ne partageait plus trop la même vision de la musique. J’ai présenté MSJ à ALPHA et voilà.

 

Vous parliez d’état d’esprit west. Comment vous pourriez le définir ?

Dim Bull : Bois ta bière, fous ta merde et ride toute la nuit (rires).

ALPHA : C’est tout un état d’esprit lié à la funk des années 70… On traîne dans la rue, on boit des trucs… On a écouté des mecs qui avaient grandi avec cette musique, qui l’ont samplé, on s’en est senti proche et on l’a faite notre.

 

C’est donc une influence complètement assumée ? Que répondriez-vous à ceux qui disent que vous ne faites que pomper les cainris ?

ALPHA : Oui tout à fait assumée. Il faut écouter George Clinton pour comprendre. On pompe les cainris mais les cainris ne font que se pomper entre eux. La musique est mondiale, quoiqu’il arrive on copie toujours quelqu’un.

Pimp Cynik : On ne demande jamais aux mecs qui font de la east s’ils font de la east. On veut bien répondre parce qu’on sait qu’on est les premiers en France. On aimerait bien qu’on nous dise qu’on fait de la musique mais on comprend que les gens nous posent la question.

 

On pourrait croire que l’esprit west se limite aux thèmes que vous abordez (alcool, sexe, drogue, soirées…).

Desty : Il n’y a pas vraiment de thème précis. Moi mes thèmes, c’est ce que je vis dans la rue : ça peut partir d’une défonce, d’une baston, d’un son qu’ALPHA va faire… On va pas se limiter à ne parler que de tasspés ou que de la foncedé.

Pimp Cynik : On est tous différents donc chacun aura des thèmes de prédilection. CSRD, c’est deux identités différentes : Splifton sont plus dans la chatte, RD plus dans la rue. Il faut savoir que le premier album a été fait en deux semaines et sur un thème précis. A l’époque, on était à fond dans les résois, les meufs… Mais ça ne veut pas dire qu’on ne sait faire et qu’on aime faire que ça. Les gens qui nous ont limité à ça verront la différence avec notre deuxième album.

 

Le premier maxi « Dans ma niche » a fait beaucoup parlé de lui à cause de sa pochette (représentant un dobberman grimpant une meuf)…

Pimp Cynik : On voulait faire un truc différent mais peut être qu’on a été un peu trop loin dans le délire (tout en sachant que Snoop avait fait pareil pour Doggystyle sans que ça choque personne en France). Dans tous les cas, on ne regrette rien. On voulait faire un truc inédit : si j’avais eu de l’argent j’aurais fait une pochette à gratter pour que les mecs découvrent la meuf en dessous.

ALPHA : Apparemment, les personnes qui ont mal pris le truc c’est parce qu’on avait mis une femme noire. Ça aurait été une femme blanche, ça ne leur aurait pas posé de problème et ça on ne cautionne pas. C’est vraiment propre à un pseudo milieu rap français…

 

En parlant de milieu rap français, comment vous situez-vous par rapport à lui ?

ALPHA : On n’a rien à voir avec lui. Les gens de ce milieu ont une manière de penser trop conservatrice, trop fermée. Il y a une espèce de noyau dur qui a édicté des règles comme quoi il faut faire ci ou ça et pas le contraire. Nous on s’en fout, on fait ce qu’on aime.

 

Quel est la part de second degré dans vos textes ? Y a-t-il une volonté de choquer ? Je pense notamment à votre discours par rapport aux meufs…

Desty : Y a pas de volonté de choquer. Je rappe comme je parle, je me vois pas faire autrement. J’ai pas à chercher à modifier mon discours pour passer à la radio.

Par rapport aux meufs… Tu sais, il y en a qui parlent comme moi (rires). Je sais que ça peut les choquer mais je fais du rap que pour les meufs, je fais du rap pour tout le monde tout en sachant que ça peut choquer les gens.

ALPHA : Si on l’avait fait en anglais, personne n’aurait compris et ça poserait pas de problème.

 

Quelles sont les critiques que vous avez le plus souvent reçues ?

Dim Bull : Des trucs à la teletubbies du genre « trop de tatouage pour le groupe », « trop west pour les Français », etc…

Pimp Cynik : C’était dans un courrier des lecteurs de l’Affiche. J’ai trouvé ça inadmissible : personne ne fait de réflexion quand les mecs ont des chaînes en or, des joggings, etc… Je ne comprends pas qu’on nous casse les couilles là dessus mais bon, on est les pionniers en France donc on doit assumer.

 

Vous attendiez quoi de votre album quand il est sorti ? Il y avait eu le premier maxi de Sté en 1994 et quelques titres du Ministère AMER qui étaient bien west mais sinon c’était vraiment le désert…

Pimp Cynik : Il y a pas mal de gens qui ont surfé en douce sur la vague west. Les Ministère AMER et TSN ont plus ou moins été étiquetés west (ce sont des références pour la majorité des membres du groupe). On peut pas leur reprocher de pas avoir ouvert la voie parce que de toute façon, les groupes n’étaient pas prêts ou pas là.

Nous, on voudrait qu’à terme, on nous casse plus les couilles avec cette étiquette.

 

Quel est l’état de la scène « west » française actuellement ?

Pimp Cynik : C’est principalement les groupes qui sont sur la compilation West Rider. Il y a aussi des gens comme Georges Praxis et pas mal de groupes à Lyon avec qui on est en contact. Les gens les plus proches de nous sont Bass Click, Driver, Papillon, 4.21. On se rapproche de 2Moines et de Blakara de plus en plus.

Les jumeaux de Place de Clichy (Street Sound) militent bien pour cette scène, Stomy également avec son émission « Westcoast LA » sur Sky.

 

ALPHA, tu es devenu le monsieur « west » pour le son en France. Quand t’y es-tu mis ? On te demande de plus en plus de prod ?

ALPHA : Je fais du son depuis 1994-95. Mes influences sont exclusivement américaines étant donné que je n’ai jamais écouté de rap français et que je me suis mis dedans avec « The Chronic » en 1992.

Plus ça va et plus on me demande des prods mais ça reste toujours dans un cercle qui nous est proche pour le moment.

 

On va parler un peu de l’album… Sur « D.U.R. », on sent vraiment la différence entre les deux entités de CSRD. C’est quelque chose de voulu ? En l’écoutant, on se dit qu’il n’y aura sûrement pas de 3ème album…

Odji : Tout le monde a progressé aussi bien d’un point de vue flow que d’un point de vue écriture, l’évolution est très claire. ALPHA s’est défoncé pour les sons et on devient vraiment opé.

Pimp Cynik : C’est bien que tu l’ais ressenti parce que c’est vrai. Cet album va servir à ouvrir sur des albums propres aux groupes. A la base, cet album aurait du être une compilation de morceaux solos mais on s’est pris au jeu et on a remis ça. Après pour un 3ème, on ne peut pas savoir, cet album n’aurait pas du exister à la base mais s’il y en a un, j’espère qu’il y aura eu des albums solos entre temps.

 

Pourquoi « D.U.R. » ?

Pimp Cynik : C’est parce qu’on le dit 100 fois dans la journée (rires). Rien de plus.

 

Quels sont vos projets ?

Dim Bull : Un album « CSRD Collector » avec des inédits et des remix, un volume 2 de West Rider et peut être un album Réservoir Dogues. ALPHA bosse sur l’album de 4.21.

 

Baby Hermann

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:36

Kohndo.

 Beaucoup annonce « C’est écrit » comme le grand retour de Kohndo. Pour revenir, encore faut-il être parti ! De l’âge d’or de la Cliqua où il composait le Coup d’Etat Phonique avec Egosyst sous le nom de Doc Odnhok jusqu’à la sortie prochaine de son premier album, KOH ne sera pas resté inactif, loin de là. Pas moins de quatre maxis personnels à son actif : un 2 titres partagé avec Narcisse, puis une première réalisation solo assez confidentielle « Prélude à l’odyssée » qui sera suivi de « Jungle boogie » avant que « J’entends les sirènes » ne rappelle l’interprète de « Dans ma tête » au bon souvenir du public.

Entre temps, Kohndo a grandi, mûri, affiné son approche musicale et est dorénavant totalement sur de lui, de sa musique et de son avenir. Après avoir persisté (malgré les échecs) pendant des années, il signe enfin chez Nocturne son premier album (« Tout est écrit ») qui se veut le reflet idéal de sa personnalité. Rencontre avec un personnage sympathique et très locace…

 

Quelle vision tu as de « Conçu pour durer » aujourd’hui ?

Kohndo : Même si j’apportais des trucs, j’étais pas au point du tout. Aujourd’hui, je suis grand derrière le mic. J’aime la fraîcheur qui se dégage de l’album mais le seul morceau que j’aime vraiment c’est « Tuer dans la rue ». J’étais super fière de « Dans ma tête » (particulièrement du remix) mais je manquais d’expérience studio, c’était ma première apparition et j’avais peur de m’affirmer. Cette époque, c’est mon adolescence.

 

Quelle est ta démarche aujourd’hui quand tu fais du son ?

Kohndo : Elle est très simple. Je veux faire du son avec mes potes. On s’en fout de réussir, on veut écrire des textes, faire du son avec NOTRE vision. Quand tu évolues dans un groupe, tu te montes la tête, tu ressasses des trucs qui finissent par te rendre aigri. Les gens avec qui je travaille sont éparpillés dans toute la France : Jee2Tuluz est sur Toulouse, Yvon est sur Colombes, Gass est à Lyon, etc… Chacun amène son univers, son vécu.

Ce qui est le plus important pour moi c’est l’échange. C’est devenu très difficile de trouver des gens qui ont cette motivation, cette vision du rap. J’ai mes critères, mes références en rap. Si je devais qualifier la musique que je fais et le cercle dans lequel j’évolue, je comparerais ça à ce qui se passe dans la Bay Area : on est un îlot qui essaie de faire avancer la musique et de l’enrichir culturellement…

 

Par rapport à ce que tu viens de dire, comment réagirais-tu à un échec commercial ?

Kohndo : Ca m’emmerderait bien sur parce que cet album a de grosses qualités. Ça voudrait dire qu’on occulte toute une face du rap français. Mais je sais que ça ne me ferait pas me remettre en question artistiquement parlant.

 

Tu as déclaré que ta musique parlait plus à des gens de 25-30 ans qu’à des plus jeunes. A cet âge là (et même avant), beaucoup sont déçus de ce qu’est devenu le rap. Tu n’as pas peur qu’ils boudent ton album ?

Kohndo : Je sais pas si ça leur donnera envie de revenir au rap en général mais je sais qu’ils pourront se dire « c’est pas mort, il y a encore un album qui a la faculté de me parler ». Quand je dis 25-30 ans, je suis un peu provocateur : toute personne qui a eu un vécu, un jugement équilibré sur les choses qu’il voit ou entend peut comprendre ma musique.

Personnellement, je ne peux pas me permettre de me soucier de ce que va penser le public. Mon but, c’est juste de pouvoir m’exprimer, de toucher un certain nombre de personnes. Je suis auditeur moi aussi : quand un artiste me déçoit, je le zappe. C’est pour ça que je veux faire ce que j’estime être le mieux pour ne pas avoir de regrets.

Je veux faire passer un message mais je suis pas un « teacher » : je veux juste mettre en avant des petites choses de la vie qui peuvent nous aider à nous construire. Après si quelqu’un écoute et se dit « ah j’aime bien ce qui passe là », j’ai gagné.

 

Considères-tu que ton album a un côté intimiste ?

Kohndo : Je n’aime pas ce terme. Je ne me vends pas, je fais rentrer personne chez moi. Je me sers de choses que j’ai vécu ou que des proches ont vécu mais ce n’est jamais réellement ma vie. Dans ma musique, je synthétise plein d’expériences et chacun pourra en tirer ses propres conclusions. L’auditeur voit à travers mes yeux. C’est là que se situe ma démarche artistique.

 

Ton album est très homogène… peut-être même trop dans le sens où il manque au moins un morceau plus dynamique ou radicalement différent pour relancer l’écoute. Tu penses pas que ça puisse te nuire ?

Kohndo : Oui je suis d’accord pour l’homogénéité. On me ramène toujours à « est-ce que tu ne penses pas que les gens vont penser ça de… »… mais je m’en bats les couilles ! Je vois mon œuvre comme une peinture : est-ce qu’un peintre pense à ce que les gens vont penser de ce qu’il a peint ? Non ! Moi c’est pareil.

Il y en a peut-être qui me trouvent pas assez hardcore parce que ma voix est posée mais quand tu écoutes « J’arrive phat »… mais c’est super hardcore ce que je dis !

En fait, au travers de tous mes maxis, j’ai cherché à montrer mes qualités de MC. Aujourd’hui, j’estime que ce travail est fait. Avec mon album, je prouve que je suis un artiste accompli et que j’ai dépassé ces considérations de « je vous éclate etc ». Je me suis surtout intéressé à la musicalité, j’ai bossé pour que mes acapellas aient du swing.

 

En parlant de son bounce, c’est surprenant de ne pas en retrouver dans ton album alors que ton dernier EP l’était majoritairement (et que ton maxi avec Narcisse avait également cette couleur).

Kohndo : C’est vrai qu’il était majoritairement dancefloor. Je voulais montrer que j’avais compris comment faire du bon bounce. J’avais l’impression qu’avec « Prélude à l’odyssée » et « Jungle boogie », malgré le fait que j’étais très sur de moi, personne ne m’entendait vraiment Ce maxi là m’a fait rappeler au souvenir du public.

C’était aussi l’occasion de ressortir une dernière fois mon alter ego Doc Odnhok et affirmer l’existence de Kohndo en tant qu’artiste.

 

On t’a relativement peu entendu entre la compilation d’Arsenal « Le vrai Hip Hop » où tu faisais encore partie de la Cliqua et ton premier maxi « Prélude à l’odyssée ». Tu es revenue avec une image radicalement différente avec ce maxi. Que s’est-il passé ?

Kohndo : J’ai mûri. Pas mal de galères relationnelles, sentimentales, niveau business. Avec tout ça, tu prends de l’âge et tu te poses la question de ce que tu fais dans la musique et dans la vie. Tu te demandes pourquoi tu aimes cette musique, tu cherches tes référents et tu finis par te demander pourquoi ce que tu fais est en décalage avec ce que tu aimes. Plus ça allait, plus je comprenais ce que faisaient les artistes que j’apprécie : OC, Gangstar, Common, Nas… Je me suis rendu compte que ce qu’ils disaient n’était pas très éloigné de ce que je pensais. J’ai donc travaillé sur moi même et réussi à dégager mon propre style.

J’ai travaillé sur le fond, je me suis demandé quel message je voulais faire passer. C’est pour ça que je rappe sur des choses que j’estime essentielles comme le fait qu’on a de plus en plus besoin d’unité, que le quartier ça peut être positif, qu’on a tendance à occulter l’Homme Noir… Là j’avais trouvé ma direction.

 

Tu n’as fait qu’une prod sur ton album mais les prods qu’on a pu entendre ailleurs sonnent très américaines. Ne penses-tu pas qu’on puisse avoir un son français ?

Kohndo : En fait, moi je fais le son que j’aime entendre. Si ça sonne ricain, c’est parce que je le fais dans l’optique qu’un Américain soit à l’aise s’il posait dessus. Ma façon de poser se rapproche de celle des Américains.

Pour produire, j’utilise toutes mes références en matière de soul, de jazz, de rap pour faire mon son. Si j’ai des influences, j’estime avoir ma patte : ma découpe de sample n’est pas classique, mes beats ne sont pas super lourds mais arrivent quand même à claquer…

De toute façon, je ne me considère pas encore producteur. Je vais donc continuer à bosser, à balancer des sons, à me construire et un jour je me considérerai comme tel et ce jour là, ça se saura.

 

Comment te vois-tu défendre un album aussi homogène et calme sur scène ?

Kohndo : Je l’ai déjà fait au Batofar en première partie d’Octobre Rouge et Insight. Je ne présente pas que des morceaux de « Tout est écrit », j’ai tous mes morceaux de mes maxis aussi pour booster le public !

 

Quel regard portes-tu sur la nouvelle scène française, sur ce qui se fait en rap chez nous actuellement ?

Kohndo : J’ai pas trop d’avis dessus vu que j’ai pas assez de recul. Je m’y intéresse très peu.

La scène américaine m’intéresse beaucoup plus. Je suis très à l’affût de sons façon beat sur 4 temps, sample de soul… donc forcément je suis attentif à ce qui se fait dans la Bay Area. Il y a d’autres scènes qui se développent que je connais mais que j’écoute très peu parce que les référents musicaux ne sont pas les mêmes… Mon oreille ne percute pas mais je sais reconnaître que c’est du bon.

 

Le mot de la fin ?

Kohndo : Rappelez-vous que « Tout est écrit » est mon premier album. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de premiers albums de cette teneur là. J’ai beaucoup bossé dessus, j’y ai mis mes tripes. Ça fait maintenant un an qu’il est terminé et avec le recul, j’en suis content de bout en bout.

Maintenant, j’ai envie de bosser sur des side projects, je vais me pencher pas mal sur la production, je vais essayer de gérer un peu ma Fondation Heartclick avec les gens dont j’ai parlé avant et je commence déjà à penser à mon prochain album.

 

Deadpool

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:33

Les Spécialistes.

 

Après un premier album éponyme sorti en 1999, le duo Tepa / Princess Anies revient officiellement sur le devant de la scène avec un nouveau maxi intitulé « Le sexe faible ». Entre temps, quelques péripéties ont ralenti le groupe qui espérait sortir un nouvel album l’an dernier : différends avec BMG (leur ancienne maison de disque), dislocation du Da System, rencontre avec IV My People… Mais cette fois-ci c’est officiel, les Spécialistes reviennent, épaulés par les indépendants de IV My Peeps…

 

Votre album est sorti il y a maintenant près de trois ans, il y a un an et demi vous annonciez le nouvel album pour « bientôt » et finalement, rien n’est sorti. Que s’est-il passé ?

Tepa : Certains aléas de la vie ont fait qu’on a pris du retard. A coté de ça, il y a toujours des gens qui te promettent des choses et qui finalement ne sont pas capables d’assurer derrière. T’as pas le temps de t’en apercevoir que deux ans sont passés…

Anies : On a continué à travailler pour essayer d’apporter une nouvelle vibe pour l’album qui va sortir prochainement.

 

Qu’allez-vous faire des morceaux que vous aviez enregistrés à l’époque ?

Anies : On en a fait tourner pas mal sur mix-tape (le morceau avec Busta Flex, celui avec Arsenik ou encore un solo de Tepa). Ces morceaux ont été écrits à un instant I et aujourd’hui, ils peuvent être un peu dépassés. On peut les garder dans la mesure où on les retravaille, où les réactualise. A coté de ça, on continue à faire des morceaux chaque semaine…

 

Vous disiez que des gens vous ont fait des promesses qu’ils n’ont pas pu tenir. Vous pensez toujours qu’on peut bosser en maison de disque librement ?

Anies : Sans problème artistique oui vraiment. Tu peux imposer ta griffe à toi, faire ta musique sans te formater. C’est une question d’état d’esprit de l’artiste : s’il se laisse marcher sur la gueule, il va sortir des singles à la Yannick mais s’il a une identité forte, il restera tel qu’il est.

Tepa : A coté de ça, tu as les aléas du business : les changements de directeur artistique, de direction, les fusions, etc… Tu peux continuer à faire ce que tu veux en maison de disque mais ça peut capoter derrière dans la façon dont ils vont travailler le « produit » et il peut y avoir des désaccord.

Anies : Tout à fait. Tu es en indépendant, tu as ton album terminé, les moyens : tu peux le sortir comme tu veux. En maison de disque, ton album est fini mais le chef de produit change ou ça ne plait pas parce qu’il n’y a pas de single et la sortie est repoussée. Dans ce cas là, t’es pas maître absolu de ton disque.

 

Vous êtes toujours chez BMG ?

Tepa : Non, plus aujourd’hui. On est avec IV My People.

 

Comment s’est fait le rapprochement avec eux ?

Tepa : Ça s’est fait à la vibe, au feeling. J’ai rencontré leur équipe il y a très longtemps, le courant était bien passé, on était restés en contact. Il n’y avait pas eu l’occasion de faire quelque chose ensemble mais il s’est trouvé qu’on s’est séparés d’avec BMG et qu’entre temps ils avaient monté leur structure. On a commencé à travailler avec Madizm sur sa compile et finalement, IV My People nous a proposé de faire notre album chez eux.

On ne fait pas partie de leur « famille ». On est un groupe qu’il produise mais on n’a pas exactement le même statut que Salif, Sérum ou Toy par exemple. Eux forment le crew IV My People, nous sommes simplement produits.


Que va vous apporter l’autoproduction ? Il y aura sûrement moins de moyens pour la sortie de votre album…

Anies : Même si on était chez BMG, nous n’y étions qu’en licence, on faisait tout en autoprod. Pour ce qui est des moyens… il y en aura moins mais peut être que le travail sera mieux fait. Ils ont les mêmes connexions, ils savent travailler ce genre de musique… En plus, les enjeux ne sont pas les mêmes pour BMG et pour IV My People. IV My Peeps ne peut pas se permettre de ne pas travailler un produit qui sort chez eux alors qu’une grosse multinationale comme BMG sort 40 produits en même temps (du rock, de la techno, des artistes internationaux…). Être petit en maison de disque, c’est vraiment pas une situation évidente.

 

Parlez-nous un peu du morceau phare de votre dernier maxi, « Le sexe faible ».

Anies : C’est un morceau qui parle de la situation des filles dans le rap. On a voulu allier fond et forme pour faire passer un message. Ce n’est pas un simple clash : ce que dit Tepa est un condensé de ce qu’on entend dans le milieu sur les femmes qui rappent.

Tepa : On ne voulait pas faire un morceau moraliste qui aurait emmerdé les gens, c’est pour ça qu’on a choisi la carte de l’humour et de l’ironie pour que les gens tendent mieux l’oreille à ce qu’on dit. On prend le sujet à contre-pied du fait qu’on est un groupe mixte qui tourne depuis un moment ensemble.

Anies : On a trouvé ça marrant de faire dire à Tepa toutes ces conneries alors qu’on fait équipe depuis des années, ça va sauter à l’oreille de l’auditeur.

 

Pourquoi avoir voulu recréer l’ambiance de « Générations 2000 » (l’émission qu’Anies co-présente sur la radio parisienne Générations) en invitant Bob ?

Anies : C’est pour amener le clash de façon intelligente, l’ambiance de l’émission se prête bien à ce genre de chose.

 

Vous réagissez comment quand on vous parle de « rap féminin ». Pour les autres styles musicaux, on ne fait pas de différence entre sexe, on ne parle pas de « soul féminine » ou de « rock féminin »…

Anies : C’est une invention des médias. Quand les mecs voient qu’une meuf déchire, ils disent « elle fait du rap féminin », ça s’explique par le fait qu’on soit peu nombreuses.

 

Tu expliques ça comment ?

Anies : C’est une question qu’on nous pose très souvent. Quand tu regardes le milieu de façon extérieure, tu te dis qu’il n’y a que des mecs, machos… Tous le clichés que les médias véhiculent sur le rap. Forcément, la fille va flipper et réfléchir à deux fois avant de se lancer là dedans surtout qu’elle a des chances de se faire traiter de pute ou de bonhomme. Il y a aussi le fait qu’il n’y ait pas de véritable réussite féminine dans le rap en France.

Tepa : Il n’y a qu’à observer la société. Dès qu’une femme essaie de s’imposer dans un milieu d’hommes, ça crée l’événement ! Elles ont tout de suite plus de barrières à franchir. Et quand la presse parle des rappeuses, il faut toujours que ça soit dans un numéro spécial rappeuses. Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir d’article toute l’année et devrait-on attendre un numéro spécial pour parler des filles ?

Anies : On nous fait faire des morceaux ensemble… Pourquoi ne pourrais-je pas faire un morceau avec n’importe quel mec ?

Tepa : Et même les filles s’y mettent. Il y en a qui veulent faire des trucs qu’entre filles, qu’avec des filles au micro, à la production, etc… Elles se ghettoïsent toutes seules.

 

Pourquoi cherche-t-on souvent à vous opposer les unes aux autres ?

Anies : J’ai jamais compris ça. Ils essaient de trouver des tensions là où il n’y en a pas. Parce qu’on a la même démarche de poser sur des mix-tapes, de taffer sur nos projets solos, on nous oppose alors qu’il n’y a aucune raison de le faire. Quelque part je comprends : on est peu nombreuse donc forcément on nous met en opposition, en compétition. On ne peut pas empêcher les gens de parler et de toute façon, comme dit Tepa, « les actes parlent plus fort que les mots ».

 

En tant que femme, comment réagis-tu face au concept d’Abuz « Ricardo Malone » (un album très porté sur le sexe) ?

Anies : Moi qui suis pas dans le délire « hardcore XXX », je respecte complètement. Comme pour Roll.K, Abuz est un rappeur authentique qui retranscrit ce qu’il vit et ce qu’il voit. Quand on voit son clip de « Cocotte », on peut penser que c’est un bâtard avec les meufs mais dans son album et dans sa vie, il respecte beaucoup plus les femmes que beaucoup de rappeurs. Son album parle des femmes et de l’amour (et du sexe aussi, ça fait partie des rapports homme-femme). Je pense que c’est un projet trop mature pour le rap français.

Tepa : Au départ, je pensais que c’était un virage à 180°, un peu surprenant mais finalement, à l’écoute de l’album, je trouve ça très cohérent.

 

On n’entend plus trop parler du Da System… Où est-ce que ça en est ?

Tepa : Le Da System n’existe plus. Chacun poursuit dans sa direction, va pouvoir s’affirmer en tant qu’artiste. A coté de ça, moi j’ai monté Box Office avec Atis, Stor.K… Le premier maxi est sorti il y a quelques semaines.

Anies : Si l’opportunité se présente on peut rebosser ensemble bien sur mais pour le moment on avance chacun de notre côté.

 

Quels sont vos projets futurs ?

Anies : Notre album chez IV My People. On ne peut pas trop en parler pour le moment, on travaille dessus. Sinon j’ai sorti un 2ème maxi et je travaille sur mon solo qui sortira en autoproduction à la rentrée si tout se passe bien.

 

Victor Von Fatalis

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:28

 

Joey Starr & DJ Spank.

 

Nous avions dans l’idée d’offrir à Joey Starr, au vu des dernières affaires l’ayant mis en cause, un droit de réponse s’il en ressentait le besoin. Sa réponse fut la suivante, nous la respectons et la soutenons : « Je n’ai pas à me justifier. Si j’ai des choses à dire ça sera aux gens qui font partie de mon entourage que mon comportement aura pu attrister. Ça ne regarde personne d’autre. Pour les gens qui pensent que ça fait partie d’un programme marketing ou je ne sais quoi… ça me fait bien rire. Je ne leur souhaite pas d’avoir la justice aux fesses comme moi je l’ai. »

Finalement, on ne peut que s’en féliciter. On évite le sensationnalisme pour parler avec Joey et Spank (les fondateurs du Boss Of Scandal Strategiz) de ce qu’ils font finalement le mieux : LA MUSIQUE. Ainsi, les deux amis de 15 ans s’expriment sur leur rencontre, leur façon d’aborder la production, de gérer leurs artistes et leur structure… Des choses que beaucoup préfèrent oublier pour parler de sujets plus croustillants qui, au final, n’apportent pas grand chose.

 

Comment vous êtes vous rencontrés ?

Spank : On se connaît depuis une quinzaine d’années. Je dansais et je voyais Joey évoluer parmi les meilleurs danseurs de Paris. On s’est rencontré au terrain vague de la Chapelle et c’est par le tag qu’on s’est rapproché : on a fait pas mal de virées ensemble, on a cartonné pas mal de trucs… A l’époque, je mixais aussi : il venait écouter du son à la maison (c’est un peu toujours la même chose aujourd’hui) et au fil du temps, on est devenus amis.

 

Spank, on te connaît moins bien que Joey. Tu pourrais nous retracer un peu ton parcours ?

Spank : J’étais vendeur à Tikaret dès le début. Je me suis fait virer par Dan parce qu’il m’avait interdit de tagger en face du magasin… ce que je n’ai pas pu m’empêcher de faire lors d’une virée un soir avec BOXER et BANDO (rires). Il m’avait déjà gracié une fois mais j’ai pas su résister : tu vois tes potes en train de cartonner, l’envie était trop forte. A l’époque, Tikaret était le centre du Hip Hop à Paris, tout le monde aurait kiffé être à notre place en tant que vendeur mais on était à fond dans le tag, trop têtes grillées (rires).

Après ça, je suis parti à Londres quelques temps où j’ai bossé avec des artistes locaux. Petit stand by dans ma vie jusqu’au jour où Joey m’a proposé de faire un son sur « Authentik ». Ensuite il m’a proposé de concrétiser ce qu’on faisait dans la prod par quelque chose de sérieux. On a tenté et ça a pas mal fonctionné.

 

Comment tu abordes ta fonction de DJ de soirée ?

Spank : Animer correctement une soirée, c’est pas forcément mettre un « Hip Hop Hooray » pour relancer la machine. Ce que je reproche à pas mal de DJs, c’est de ne pas prendre de risques. J’ai pris tellement de claques dans la gueule à mes débuts, quand j’étais assez sectaire, très underground dans mes sélections que j’ai appris à associer morceaux qui vont toucher un public assez large à des morceaux plus pointus.

Quand je passais des trucs électro il y a cinq ans, les gens ne comprenaient pas ! Aujourd’hui, c’est la grosse tendance aux Etats Unis, les mecs de maison de disque s’y mettent mais sans se demander si le public français est prêt à écouter ça. Il y a une éducation différente dans l’approche du son. C’est pour ça que dans nos prods, on essaie de garder des samples (parce que c’est la base du son Hip Hop et que c’est ça qui va donner l’ambiance à ton morceau) auxquels on ajoute des trucs qu’on va jouer nous mêmes.

 

Vous êtes toujours proches malgré toutes ces années alors que les amitiés avec NTM ont généralement tendance à être éphémères. Comment expliquez-vous la longévité de votre duo ?

Joey : La musique. On a plein de points communs dans nos goûts… A l’époque du graffiti, on avait cette passion en commun, aujourd’hui c’est le son…

 

Pourquoi avoir choisi BOSS comme nom pour votre label ?

Spank : A l’époque du Terrain Vague, il y avait un crew de tag (dont nous faisions partie) réunissant DRC, TCG, BBC qui s’appelait Boss Of Scandal (BOS). On voulait faire un clin d’œil aux anciens. On a rajouté un S pour le mettre à notre sauce, pour que ça soit plus esthétique.

 

Vous avez réalise le son de « Quelle gratitude ? » sur le premier album de NTM « Authentik ». Comment vous-êtes vous mis à la prod ?

Joey : Les premiers trucs qu’on ait fait, c’était pas « on va faire de la prod », c’était plus « on essaie de faire quelque chose ». Spank avait pas mal de disques, un peu d’expérience donc on a essayé…

Spank : J’avais déjà travaillé outre-manche avec des gens comme Nefateri, No Sell Out, Cash Crew… Rien de vraiment concret à l’époque, je ne faisais qu’apporter les idées alors qu’avec Joey on a mis vraiment la main à la pâte, on s’exécutait vraiment.

 

Vous signez les prods à deux. Comment travaillez-vous ?

Spank : Je peux trouver le sample, Joey peut taper le beat et la basse ou l’inverse. Il n’y a pas vraiment de formule, c’est au feeling.

 

Quand vous produisez, vous faites les sons d’abord et les artistes choisissent ensuite ou alors vous faites les sons en fonction de l’artiste ?

Joey : On fait des sons et on se dit « peut être que ça irait bien à celui-là ». Il n’y a rien d’adapté. Il y a une base et si tu sais qui tu vas mettre dessus, tu peux orienter la prod mais on préfère rechercher l’accident en proposant à quelqu’un un son dont il n’aura pas l’habitude. Aujourd’hui, nos artistes peuvent kiffer une prod mais ils savent se rendre compte par eux mêmes si elle est pas faite pour eux ou pas.

Nous mêmes au début, on se jetait sur un son et puis une fois qu’il fallait poser dessus « ah ouais c’est dur quand même ». A l’époque, on était dans un délire « performance » plus que « musique ». Quand j’écoute « Je rap » sur « Rapattitude », le son c’était un breakbeat. Maintenant, on veut faire de la musique et c’est ce que les gens veulent.

 

Quand avez décidé que BOSS allait devenir quelque chose de sérieux ?

Joey : Il y a deux ans. Spank avait la gérance d’un magasin de disques sur Châtelet où plein de rappeurs passaient. C’était un vrai réservoir à talents et comme on le lançaient dans la prod, on s’est dit qu’on pouvait combiner ça. Même si on aimait être dans la cave, qu’on sortait des trucs de façon épisodique, avoir quelques artistes avec lesquels on pouvait avancer, ça motive plus. En plus, ça sert de vitrine pour que les gens viennent te demander des prods par la suite. On a donc lancé la compile et le reste a suivi.

 

Quand on compare le casting des mix-tapes de Dontcha (Dontcha Flex vol. 3 et 4 sortis en 1997) et celui de la première compilation BOSS, on constate une grande similitude. A-t-il joué un rôle dans le recrutement des artistes ?

Spank : Je connaissais Dontcha grâce à Tikaret. On cotoyait les mêmes mecs à la boutique. Le seul qu’il nous ait fait rencontrer, c’était Mass.

Joey : Ce n’est pas la même démarche. Nous on fait des prods, les gens viennent, choisissent et on va en studio. Lui faisait des mix-tapes, les mecs posaient sur des faces B un peu à l’arrache. Le risque et la démarche ne sont pas les mêmes. On attend que les groupes qui viennent fassent un truc carré. Ceci dit, je ne dénigre absolument pas les mix-tapes, c’est juste que ce n’est pas le même travail.

 

Vous aviez commencé à travailler sur les albums de Beedjy et de Dontcha mais la collaboration s’est arrêtée en cours de route. Etait-ce un signe que le label n’était pas encore prêt à gérer un artiste ?

Joey : Mis à part Mass il y a peu, personne ne nous a quitté. Le truc avec Mass, on était grave partis pour mais ça a glissé en chemin. Sinon, tu as peut être raison, on n’était peut être pas assez murs encore. C’est sur que de prendre une douzaine d’artistes et de les faire bosser chacun sur un morceau ce n’est pas la même chose que de travailler sur un album entier.

Mais je crois que c’est bien d’en être conscient. Si tu l’es pas, c’est ton égo qui parle et le petit jeune que tu as décidé d’aider, en fait, tu l’envoies dans le mur. C’est pour ça qu’on prend notre temps. Même avec un mec comme Jaeyez qui a un potentiel de ouf en terme d’écriture, d’idées… Faire un bon album avec lui oui, mais il y a plein de réalités sur lesquelles il faut qu’on se mette d’accord. Il y a ce qu’il a envie de faire (et il n’y a pas de soucis là dessus) et ce qu’on peut le pousser à faire parce qu’on aura peut être plus de recul. Il peut faire 12 « morceaux d’album » et un ou deux morceaux plus dancefloor un peu au hasard et qui pourraient être mieux si on l’aidait à se focaliser dessus. C’est pas faire des concessions… Jaeyez connaît ces trucs là, il a déjà sorti des albums. La démarche c’est pas de lever les bras quand tu as gagné mais de se rendre compte de ses erreurs et d’en faire une force.

Ça fait 15 piges que je suis là dedans, une grosse dizaine d’années que j’y comprends vraiment quelque chose mais je sais toujours pas ce que c’est qu’un single, ni comment en faire un. Pour moi, Iron Sy qui gueule « Mets ta main sur tes couilles et crie who’s bad » c’est un single. « Ma Benz » c’est une surprise totale. Si on avait su que ça allait être un tube, on aurait plus bossé la musique : là, elle avait été faite pour écouter le woofer dans le coffre de la voiture. C’était une époque où on bouclait les sons en deux ou trois heures.

A l’heure d’aujourd’hui, on réalise en partie le deuxième album de Lady Laistee (on avait déjà participé au premier) et on pense pouvoir faire de bonnes choses.

 

Que sont devenus Mass, Les Reptiles, Cash Flow, etc… ?

Joey : Pour Mass, je ne sais pas. On continue de bosser avec Naja des Reptiles, on va sortir son maxi un peu plus tard (ça sera la seconde vague). Cash Flow prépare une compilation de son côté. Ce n’est pas une divergence, il n’était peut être pas destiné à faire partie du collectif.

 

Vous avez réalise pas mal de bandes originales de film ces derniers temps. Pourquoi ce choix ?

Joey : Quand on te propose, tu es flatté déjà. En plus, c’est un bon exercice, c’est pas juste faire 3 morceaux qui ont un rapport avec les images, c’est habiller tout le film. Quand tu sais la dimension que peut apporter la musique aux images… Ce qui est intéressant pour nous, c’est d’arriver à prouver qu’on sait faire autre chose que du boom bip, qu’on sait faire de la musique. La musique qu’on aime, c’est des ambiances alors on essaie de faire la même chose à notre sauce. De toute façon, la qualité d’un morceau est due à l’ambiance qu’il va dégager.

 

Le temps que vous passez à réaliser ces BO, vous ne l’utilisez pas pour développer vos artistes. Pourquoi ce choix ?

Joey : On les place à chaque fois sur les bandes originales qu’on réalise. Et puis, on est un label indépendant, il faut bien qu’on vive. Faire ce genre de projet, ça nous permet de sortir des maxis, de monter un petit studio grâce auquel on peut bosser comme et quand on veut… Je pense que c’est faire de l’alimentaire intelligent pour un petit label comme le notre. Ceci dit, on n’accepte pas tout : on a refusé de faire des pubs ou des trucs qu’on trouvait vraiment pas terribles.

Faire une BO, c’est un rendez-vous ou deux avec le réalisateur, on lui explique ce qu’on veut faire, il nous envoie des images et après ce sont les agents qui gèrent entre eux. On ne va pas passer deux mois ensemble, sur le tournage, etc… Mais ça fait toujours super plaisir qu’un mec comme Besson vienne, écoute notre son sur ses images et qu’il dise qu’il a aimé.

Pour le moment, on n’a bossé que sur des trucs qui bougent (Féroce, Yamakazi…), ça nous aide pas mal. Les gens ne se rendent pas compte qu’on travaille beaucoup l’ambiance. On aimerait bien s’essayer à un truc plus « calme ».

 

Il y a une BO dont vous êtes particulièrement fières ?

Joey : Moi j’aime bien « Féroce ». Il y a de bonnes choses sur « Old School » aussi mais ça ne suivait pas aussi bien niveau réalisation.

 

Être indépendant, c’est quelque chose qui vous tient à cœur ?

Joey : On aurait pu signer avec une major mais on en est là. Je veux me tromper tout seul, je n’ai besoin de ces gens là que quand j’ai besoin d’argent, le reste du temps j’ai ce qu’il me faut. Je me fous que les mecs de maison de disque aient aimé ou pas, le seul truc qui m’intéresse, c’est de savoir si ceux qui s’occupent de la promo ont kiffé parce que sinon ils se battront pas pour défendre le truc. Moi je bosse avec les mêmes personnes depuis une dizaine d’années. Ils peuvent te dire qu’ils aiment pas trop sans que ça se passe mal et ils vont gérer la promo de manière intelligente. Et quand il y a des problèmes, je sais que je peux les avoir au téléphone, ils vont pas se cacher et se gêneront pas pour me dire « t’es relou ».

Il n’y a pas d’émissions musicales donc tu es obligé d’aller te taper de la promo dans des émissions où les gens ne connaissent pas ce que tu fais. Ça va une demi-heure mais après tu te demandes ce que tu fous là. Le mec raconte sa vie alors que je m’en fous (rires). Les gens de la promo savent que j’aime bien l’accident, que j’aime aller dans des trucs dont on arrivera à ressortir quelque chose. Ça me saoule de faire des journées promo où tu fais dix interviews à la suite où tout le monde te pose les mêmes questions. Pourtant on n’a jamais refusé de faire des interviews ni mis de plans.

Je ne vais pas à la télé pour faire de la provoc’, j’y vais pour vendre un disque. Mais ce n’est pas parce que je suis là pour ça que je vais baisser mon froc et fermer ma gueule quand on va me sortir une connerie. Il y a deux types de présentateurs : les journalistes et les speakerines. La plupart du temps, je suis spectateur, pas protagoniste. Je suis devant ma télé, je suis là « espèce d’enculé de ta mère » et quand je me retrouve en face du mec, je me dis « ah tu rigoles moins enculé » (rires). Je sais qu’à ce moment là, il n’y a pas qu’à moi que je fais plaisir mais je viens pas là pour faire le malin… J’y vais pour m’amuser comme quand je vais faire le Morning Live avec l’autre taré de Michael Youn.

 

Qu’est-ce qui vous plait dans le fait d’animer Sky BOSS ?

Spank : Déjà on passe la nuit à envoyer des disques qu’on aime. Tu fais partager le son que tu kiffes à des gens sur un plan national, c’est beaucoup mieux que d’animer en soirée : c’est pas le même impact.

 

Et aussi le fait de faire découvrir de jeunes groupes (comme ça a été le cas de Disiz par exemple) ?

Spank : Oui bien sur. Quand les mecs nous remercient de les avoir passer, on leur répond de se remercier eux-mêmes d’avoir fait du bon son.

 

Comment gérez-vous vos rapports avec Sky ?

Spank : Dès le départ, on a exigé qu’ils n’aient pas leur mot à dire sur ce qu’on allait faire. La seconde exigence était de ne pas faire ça dans les locaux de Sky parce que ça nous saoulait de bouger là bas toutes les semaines donc il nous a proposé de faire ça depuis chez nous.

Joey : « T’as rien à dire parce que tu connais rien ».

 

Joey, tu as réalisé quelques clips il y a un moment. Tu as envie de te lancer un peu plus dans la réalisation ?

Joey : Franchement non. Ça tenait plus de la nécessité qu’autre chose. J’étais pas mécontent du résultat mais c’est un truc un peu chiant à faire. Je suis curieux donc j’ai essayé mais c’est pas ça que j’ai envie de faire. J’ai veux faire de la musique.

 

Les prochaines réalisations BOSS ?

Joey : Les maxis de Naja, D.Dy, Tiwony et l’album de Lady Laistee.

 

Jack O’Lantern

 

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:24

Jaeyez

 

Même s’il exerce depuis déjà longtemps (alternant les phases de lumière et celles d’ombre) et qu’Afrojazz a su marquer le rap français de son identité, il aura fallu attendre 1999 pour que Jaeyez existe en tant qu’individu pour le public. En un morceau, « C’est arrivé près de chez toi » sur le dernier album de NTM, il a su de sa voix grave se rappeler au bon souvenir des auditeurs les plus éclairés. L’homme aux yeux de ninja, signé chez BOSS depuis maintenant plus de deux ans, sort enfin son premier maxi solo. Rencontre avec un homme discret qui a su tant bien que mal surmonter les épreuves (nombreuses) qui ont jalonné sa carrière…

 

Peux-tu retracer ton parcours pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Jaeyez : Ninja Eyez, un tiers d’Afrojazz, le groupe que je formais avec Daddy Jockno et Robo. On a sorti deux un albums : « Afrocalypse » chez Island en 1997 puis « AJ-1 » chez Barclay en 1999. Entre les deux, Jockno est parti, on a donc fait le deuxième album à deux. Ensuite Robo a décidé d’arrêter de rapper et je me suis retrouvé tout seul. C’est à cette période là que Joey m’a proposé d’intégrer le BOSS. Là, je sors mon premier maxi solo « Ma mère, ma femme, ma fille / Guidance » chez eux.

Je fais un peu de prod aussi : un morceau pour Lady Laistee, un morceau pour 357 sur Hip Hop Vibes et d’autres gars pas encore trop connus pour le moment.

 

Comment as-tu vécu les échecs commerciaux des albums d’Afrojazz et le départ de Jockno ?

Jaeyez : Afrojazz était un groupe toujours en mouvement, en constante évolution (comme se doit d’être le rap). C’était à la fois une qualité et un défaut : les gens nous appréciaient avec un style mais on revenait avec un autre et ils ne comprenaient pas. Je pense qu’il fallait que le public nous connaisse mieux pour bien apprécier le premier album. Pour ma part, je le trouve très bien, je le revendique pleinement malgré ses erreurs. C’était peut être trop tôt.

Le deuxième album a été très dur à réaliser : il manquait Jockno, on arrivait chez Barclay et ça se passait pas aussi bien que chez Island, on essayait de sauver notre contrat. « AJ-1 » aurait pu être un bon album mais il puait vraiment trop la misère, la souffrance : c’était vraiment dur à ce moment là. On s’est aussi leurré (moi le premier) en pensant qu’Afrojazz pourrait exister sans Jockno, sans lui c’était mort.

 

On vous a pas mal catalogués comme étant les ODB français…

Jaeyez : Le Wu Tang était tellement fort pour le public et pour nous à l’époque qu’on a pris ça pour un compliment, surtout qu’au départ on avait déjà ce délire sans connaître. Personnellement, ça me flattait puisque ce que je faisais n’était pas forcé et que je n’avais cherché à faire du Wu-Tang : j’ai toujours fait du Jaeyez. Je me proclame comme Original MC et j’ai jamais été un sucker. Les suckers c’est courant dans le ragga et de plus en plus dans le rap, j’essaie d’éviter ça à tout prix.

 

Tu t’es mis au ragga ?

Jaeyez : Un peu, je fais ça pour délirer, échanger des vibes. Mon premier amour avant le Hip Hop, c’est le reggae. Sur l’album, il y a deux morceaux reggae que j’aimerais bien faire… On verra.

 

Afrojazz se revendiquait beaucoup « pro-black » à une époque. C’est une étiquette qui vous a gêné ?

Jaeyez : Ce côté là a été mis en avant à la fois consciemment et inconsciemment. On est de la génération Public Enemy, KRS-One… On se rend compte aujourd’hui qu’à l’époque où on revendiquait ça, on nous a collé une étiquette qu’on n’arrive pas à décoller. Pourtant c’est important de connaître ses racines, l’origine du peuple noir, etc… Pro-black n’est pas un terme extrémiste, c’est juste être fière de ses origines et de qui on est.

 

Comment t’es-tu retrouvé sur l’album de NTM (pour le titre « C’est arrivé près de chez toi ») ? Ils avaient déjà posé sur « Afrocalypse » alors qu’ils sont connus pour ne faire des featurings que très rarement…

Jaeyez : On se connaît depuis 1995. Joey avait entendu une démo de Jockno et moi qu’il avait bien kiffé. Il voulait nous proposer de faire la première partie de leur concert au Zénith mais ça n’a pu se faire que l’année d’après au Bataclan. Ça nous a ouvert pas mal de portes dont celles des maisons de disques. Joey avait également produit le morceau « Afrojazz » sur notre maxi « Perle Noire ».

On a gardé contact au fil des années. NTM c’est un peu comme nos grands frères dans le rap, les gens chez qui ont a signé faisaient partie de la famille NTM… Quand Afrojazz s’est fini, je n’avais plus de contrat, plus de groupe, plus rien. J’étais toujours en contact avec Joey et il m’a proposé d’intégrer BOSS. Un grand merci à lui de m’avoir donné cette chance.

 

Le morceau « C’est arrivé près de chez toi » avait bien marché, en concert les gens réagissaient pas mal à ton apparition… Pourquoi ne pas avoir enchaîné sur une sortie solo ?

Jaeyez : En 1999, je bossais sur « AJ-1 », j’essayais de sauver mon groupe, je pouvais pas croire qu’Afrojazz c’était terminé. Le groupe existait officiellement depuis 1995 mais je rappais avec Jockno de 1992.

 

Sur ton maxi, tu es toujours incisif mais on te sent plus posé. Un morceau comme « Ma mère, ma femme, ma fille » est un morceau  de quelqu’un qui a un certain vécu…

Jaeyez : Oui je suis plus posé c’est vrai. A l’origine, le morceau « Ma mère, ma femme, ma fille » n’était pas prévu pour le maxi mais pour l’album. Je l’ai posé sur une prod de Spank, ils ont bien aimé et m’ont poussé à le sortir sur le maxi.

 

Tu as produit « Guidance » pour BOSS. Tu fais partie du pool production ?

Jaeyez : Dire que je fais partie du pool production est un bien grand mot. La majeure partie des prods, c’est Joey et Spank. Je produis principalement pour moi, je n’ai pas encore de « clientèle » mais être chez BOSS peut m’ouvrir des portes.

Je suis plutôt de l’école New York : gros beat, grosse basse. Ça fait 5 ou 6 ans que je bidouille, maintenant j’ai envie de faire vraiment de la musique. Pour ça, il faut s’ouvrir, écouter plein de choses différentes sinon tu t’enfermes et ta musique est pauvre.

 

Tu as posé sur la BO du film « Féroce ». Tu peux nous en parler un peu ?

Jaeyez : « Une France qui bouge » avec Joey et Cash Flow, c’est le premier truc que j’ai fait en arrivant chez BOSS. J’ai aimé le thème du film (un Arabe infiltre un parti d’extrême droite - NDLR) et j’aimerais vraiment que la France devienne un pays qui bouge.

 

Toi qui a déjà pas mal de vécu dans le rap, quelle vision portes-tu sur ce qui se fait actuellement ?

Jaeyez : A l’époque où j’ai commencé, il y avait un amour du verbe, on croyait vraiment en ce qu’on disait. J’aimerais bien éveiller certaines conscience sur certains sujets. Je n’ai pas vraiment de message à faire passer à part « Jah love ». J’essaie de faire attention à ce que je dis, il ne faut pas donner de mauvais exemple aux plus jeunes d’autant plus quand tu sais que ce tu dis sera écouté.

 

Sortir chez BOSS, c’est un peu quitte ou double ? Si tu n’avais pas été pris chez eux, tu aurais arrêté ?

Jaeyez : J’aurais pas arrêté, j’aurais fait ça avec mes petits moyens. Comme je disais dans « Rappeur pauvre » sur « AJ-1 » : j’ai jamais été plein aux as, j’ai toujours fait mon truc à fond. Aujourd’hui, j’ai 29 ans… en tant que rappeur, j’arrive au bout mais il reste toujours la prod. Je remercie Joey, Spank, Lickshot de m’avoir filé un coup de main. J’aimerais bien sortir mon album avant la fin de l’année mais ce n’est pas moi qui décide ça tout seul.

 

Un mot sur ton album ?

Jaeyez : Aujourd’hui, mon solo est presque prêt, on finit ça tranquillement. Je préfère ne pas trop en parler pour le moment.

Par Nico - Publié dans : Magazines
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:21

Iron Sy

On entend sa voix criarde depuis maintenant cinq ans, ses apparitions se font de plus en plus nombreuses et marquantes et pourtant, Iron Sy reste encore peu connu du public. Recruté par BOSS il y a maintenant 3 ans, il sort son premier maxi 2 titres à la fois introspectif ("Mon vécu" avec le chanteur D.Dy) et freestyle ("I.R.O.N."). Rencontre avec un MC dynamique et surmotivé…

 

Présente-toi et retrace un peu ton parcours. Je me souviens de t’avoir entendu en 1997 sur les tapes Dontcha 4 et DJ Poska 25…

Iron Sy : Tout a vraiment commencé à cette époque là. Je tournais un peu avec Jedi, les Refrés qui me faisaient croquer des plans mix-tapes. Joey et BOSS m’ont découvert sur la tape de Dontcha et depuis 1998/99 je suis chez eux. Depuis j’ai fait pas mal de compilations et de BO ("Le boulet", "Yamakazi", "Féroce"…).

 

Comment qualifierais-tu le son que tu fais ?

Iron Sy : J’y ai jamais vraiment pensé mais d’après les gens (et je crois que ça me caractérise bien) c’est rageux, je rappe avec la rage. Quand je pose, si je transpire pas ou si je suis pas excité, j’ai l’impression de ne pas avoir bien rappé. Ça a toujours été comme ça et c’est de pire en pire (rires).

 

On dit que c’est ceux qui crient le plus fort qui ont le moins de choses à dire. T’en penses quoi ?

Iron Sy : Je ne crie plus, je contrôle plus ce que je fais. Avant, c’est clair je braillais comme un ouf mais aujourd’hui je travaille avec des professionnels, je peux plus me permettre de faire n’importe quoi.

Mais c’est en disant ce genre de chose que le rap est devenu trop mélancolique, ils veulent tous être moralistes, on a l’impression qu’ils s’amusent jamais, qu’ils tirent tout le temps la gueule. C’est quand même avec le son qui pète que tu as le plus de sensations !

Les mecs pensent d’abord à ce que veulent les gens avant de penser à faire un truc qu’ils kiffent eux. Evidemment, on doit penser au public parce que l’argent entre en compte mais on doit surtout faire ce qui nous plait à nous ! Il ne faut pas attendre que les auditeurs disent ce qu’ils veulent entendre, il faut devancer la demande.

Aujourd’hui, il faut que chaque morceau ait un refrain chanté par une meuf. Je dis pas que je n’aime pas (j’en ai mis sur mon maxi) mais c’est devenu trop cliché : il y en a qui ne font des albums que comme ça pour que ça passe en radio et qui finissent par penser que le rap c’est juste ça.

 

Tu me disais que ce que tu aimais dans le rap, c’était transpirer. Quelle importance à la scène pour toi ?

Iron Sy : J’adore ça mais je n’en fais pas assez. Je suis toujours là en featuring, j’aimerais avoir une scène à moi tout seul pour assurer au moins 6 titres. Si je fais du peura, c’est avant tout pour ça : même quand je pose en studio, je me mets dans les mêmes conditions que si j’étais devant un public. Le live, c’est là où tu vas voir les puristes, ceux qui viennent ou pas, ceux qui achètent ou pas, qui connaissent tes lyrics ou pas. Quand je fais des concerts, c’est pas « je rap, je me casse » : je reste dans la fosse avec les gars, on freestyle, on fume, etc… Il n’y a pas de barrières. C’est pas parce qu’on m’entend un peu que j’ai changé : le soir, je suis toujours dans mon quartier à rien faire avec mes gars.

 

Il y a un message que tu essaies de faire passer à travers ta musique ?

Iron Sy : La progression infinie. Le rap est en train de régresser aussi bien en France qu’aux Etats Unis. Ils nous mettent des bagnoles, des chaînes en or, des putes… Comme je le dis dans un rap : "Pour bien rapper, pas besoin de gros pec’". Les mecs flambent dans les clips mais dehors ils ont en chien, ils ont déjà cramé leur premier chèque, ça me fait marrer. Il faut rester vrai, rester soi-même. Le rap est devenu un truc de comédien, ils jouent tous les méchants dans leurs chansons alors qu’ils sont tout gentils. Si t’es une caillera, va pas te mélanger aux gens qui vont te tester : on est en France ici, c’est petit, c’est facile de retrouver quelqu’un.

 

Tu fais attention à ce que tu dis dans tes morceaux ?

Iron Sy : Dire aux jeunes de pas faire de conneries, c’est un discours de grand. Moi j’ai 23 ans, je vais pas leur dire de pas faire quelque chose alors que je vais aller faire la même juste après. J’aime la foncedé, etc… Je suis pas encore vraiment conscient de ce truc là et il y en a qui le font déjà très bien.

De toute façon, même si on avait tous ce discours, il y aurait quand même des problèmes, on ne fait que de la musique. J’y peux rien si les gens ne comprennent pas que c’est un délire : j’ai jamais tué un keuf même si je le dis dans mes lyrics. C’est plus un délire qu’autre chose, un exutoire.

 

Quelle est ta vision du rap en France ?

Iron Sy : Quand j’ai commencé à écouter du rap, je devenais fou à chaque fois que je mettais le Wu ou Mobb Deep. J’étais jeune mais j’étais à fond dedans. Aujourd’hui, les petits qui écoutent du peura calculent plus trop, ils écoutent ça comme ils écoutaient Chantal Goya !

Le rap français s’est embourgeoisé, il change de cap. Il n’y a plus grand monde qui arrive pour le changer. Il y a de bons artistes mais le travail ne suit pas derrière. Il y a de bons artistes mais les gens qui bossent derrière ne sont pas dans leur délire, ils pensent comme les maisons de disques, ils les empêchent de développer leur créativité. C’est pour ça que je suis chez BOSS : ils me laissent prendre mon temps pour évoluer, gérer mes apparitions... C’est pas intéressant que je me montre partout pour l’instant, je préfère attendre et ne donner que quand j’aurais bien évolué. Ça sert à rien de monter quand tu es en train d’évoluer : tu vas prendre de l’oseille et tu vas rester bloqué à un stade parce que tu vas te dire que c’est ce qui a marché donc tu n’as pas à chercher plus loin. Quand j’écris, même si on peut trouver ça balourd, je me prends la tête. J’écris à la sensation, le reste je m’en bats les couilles !

 

Qu’est-ce que t’as apporté le fait de rejoindre BOSS ?

Iron Sy : J’ai appris à devenir plus pro. Ils m’ont appris à avoir plus l’oreille. Je suis pas un mec borné, je suis ouvert, j’ai envie d’apprendre et avec eux j’apprends beaucoup. Ils m’écoutent, me conseillent mais n’essaient pas de me changer et j’apprécie ça.

 

Quels sont tes projets après le maxi "Mon vécu / I.R.O.N." ?

Iron Sy : On va sortir une sorte de best of de toutes mes apparitions, un truc pour faire monter le buzz autour de moi. C’est pour combler le trou qu’il y aura entre la sortie du maxi et celle de l’album.

 

Le mot de la fin ?

Iron Sy : Il faut rester soi même et bosser comme des dingues. Il y a plein de bons beats, de bons rappeurs, à nous de faire bien notre boulot.

 

Jack O’Lantern

Par Nico - Publié dans : Magazines
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